Grégory Coupet

Grégory Coupet sort, ce vendredi, son autobiographie en guise de fin de carrière. Dans Arrêt de jeu, il revient notamment sur ses relations avec Raymond Domenech lorsque celui-ci lui a annoncé qu'il ne serait pas titulaire lors de la Coupe du Monde 2006.

A 38 ans, Grégory Coupet va mettre un terme à sa carrière en fin de saison, après 17 ans de professionnalisme. L'occasion pour le gardien du PSG de sortir son autobiographie, en guise de bilan. Dans "Arrêt de jeu", dont L'Equipe publie les bonnes feuilles ce vendredi, l'ex-portier des Bleus évoque notamment l'épisode houleux où il apprend d'abord qu'il ne sera pas titulaire au Mondial 2006, puis sur sa fuite du stage de Tignes. D'abord abasourdi par le choix de Raymond Domenech, Coupet raconte que l'ancien sélectionneur lui a ensuite confié qu'il était le meilleur. Extraits.

"J’ai en face de moi un type pas serein à la main tremblante"

"Je suis averti le jeudi 11 mai 2006, date dont je me souviendrai toute ma vie. Bruno Martini me téléphone et me demande de venir le retrouver au Novotel de Lyon. Il me dit que Domenech est avec lui, qu’ils veulent me parler en urgence. Je ne me pose même pas la question de savoir pourquoi, je file au rendez-vous. Dans ma voiture, je me dis tout de même que cette mise en scène est pathétique. Titulaire ou pas, le fait de l’annoncer en catimini, caché à l’intérieur d’un hôtel, est grotesque. (…) Dès que je le vois, je comprends. Il m’attend à la réception de l’hôtel et lorsque je lui serre la main, tout devient très clair. J’ai en face de moi un type pas serein à la main tremblante."

"Soit Domenech a subi le poids des anciens, soit Barthez a menacé de ne pas venir en Allemagne s’il était gardien numéro 2"

"On prend tous les deux l’ascenseur et je débarque dans une chambre où Domenech m’attend. Pas de formalités, pas de convenances, il me dit aussitôt de m’asseoir et m’annonce que Fabien est son numéro 1. (…) Je le regarde parler, mais je ne l’écoute pas. Il est un objet transparent. J’ai la sensation d’avoir en face de moi deux types à qui j’ai juste envie de casser la gueule. (…) Je rentre chez moi et annonce la nouvelle à ma femme : je suis décomposé, au fond du trou. Je retourne le problème dans tous les sens et j’en arrive à une double conclusion : soit Domenech a subi le poids des anciens, soit Barthez a menacé de ne pas venir en Allemagne s’il était gardien numéro 2."

"Tiens Bruno, même si je te déteste, je t’offre un coup à boire"

"Tout a débuté lors de l’ascension (de Tignes). Au sein du petit groupe dans lequel je suis, on apprend que Barthez a décidé de ne pas monter. Il s’est arrêté, paraît-il, au bout de dix minutes car il ressent une douleur à un mollet. (…) Il est ensuite prévu qu’on redescende tous à l’hôtel d’altitude pour y boire un verre avec nos femmes, qui doivent nous rejoindre. Lorsque j’arrive au lieu de rassemblement, je passe un coup de téléphone à ma femme pour savoir si tout va bien. C’est là que ça se gâte car c’est elle qui m’apprend que Fabien reste à l’hôtel et qu’il ne vient pas au rassemblement. (…) Ne pas respecter le collectif, ça me gave. Mais lorsqu’on passe à l’apéritif, je sens déjà que je vais péter les plombs. (…) Je suis dehors, sur la terrasse, j’ai besoin de souffler. Je bois une canette de bière, puis une deuxième, avant que Martini me rejoigne. Il vient fumer sa cigarette, mais plutôt que de lui demander si l’absence de Barthez est justifiable, je lui tends une canette de bière restée sur une table et je lui dis : "Tiens Bruno, même si je te déteste, je t’offre un coup à boire." Martini ne répond rien, mais retourne dans le restaurant pour aller chercher Domenech."

"Je me tire pour ne jamais revenir" 

"Pendant près de trente minutes, je leur balance tout ce que je pense d’eux. Qu’ils n’ont aucun courage et qu’ils ne respectent rien, à commencer par la vie d’un groupe. (…) Lorsque le repas se termine, on redescend tous à l’hôtel. C’est là que je dis à ma femme : "On s’en va." Dans mon esprit, tout est clair : je me tire pour ne jamais revenir." Coupet téléphone alors à sa mère : "Ma mère m’écoute et me dit calmement : "Tu ne peux pas faire ça, Greg. Ça ne correspond pas à ton éducation, ni à tes valeurs." Elle ajoute même, et à de nombreuses reprises : "Arrête-toi. "Je suis dans la descente de Tignes et je m’arrête sur le bas-côté. Ses propos me font cogiter, je réfléchis." Coupet appelle ensuite Gérard Houllier, son entraîneur à l’OL : "Je sais qu’il ne va pas me juger, mais plutôt me dire ce que je dois faire et, surtout, m’avertir de ce que je risque en quittant l’équipe de France."

"Je le regarde droit dans les yeux et lui demande : Pour vous, c’est qui le meilleur ?"  

"Au bout de dix minutes, toujours sur le bas-côté, je décide donc de faire demi-tour. Je suis convoqué dans la chambre de Domenech, histoire de s’expliquer. (…) Je continue sur ma lancée et lui en remets plein la gueule. Je lui rentre dedans, lui crie dessus, le pousse à bout. Puis je me dis que je vais enfin lui poser cette question qui m’obsède depuis des jours. Je le regarde droit dans les yeux et lui demande : "Pour vous, c’est qui le meilleur ?" Domenech ne répond pas. Je répète trois fois la question, à chaque fois de plus en plus fort. Tout d’un coup, avec une toute petite voix, il me dit : "C’est toi…" Je suis scotché par ses propos, incapable de dire quoi que ce soit. Domenech n’a même pas le courage de me dire en face que Barthez est son choix. Il m’avoue que je suis meilleur que lui."