Florent Malouda

Ce qui n'a pas fonctionné contre la Suède, ce qui fonctionnera (peut-être) contre l'Espagne, Florent Malouda livre ses sentiments sur la débâcle bleue de mardi et ses espoirs pour le brûlant quart de finale qui attend l'équipe de France.

Défaits par une équipe de Suède déjà éliminée et pourtant conquérante, les Bleus ont finalement composté leur billet pour les quarts, sans grand mérite, à la faveur d'une victoire anglaise face à l'Ukraine. Une qualification quelque peu ternie donc, alors que jusque-là, les Bleus avaient offert de belles promesses. Alors qu'est-ce qui n'a pas fonctionné mardi à Kiev ? Cantonné au banc de touche pendant près d'une heure mardi, avant de remplacer un inexistant Hatem Ben Arfa, Florent Malouda a bien son idée. "Au niveau de la circulation, de par l'organisation des Suédois, on a peiné quand on n'avait pas de vitesse, explique le joueur de Chelsea en conférence de presse. On est une meilleure équipe quand on met de la vitesse, sinon ça génère une frustration devant. C'est un engrenage."

Mais pour le Blue, il s'agit avant tout d'une histoire d'"attitude". "C'est frustrant, surtout vu du banc. Si on avait eu l'attitude et l'esprit des Suédois, on ne serait pas réveillé avec la gueule de bois, poursuit l'ancien Lyonnais. On aurait pu perdre le match quand même. Mais au niveau de l'attitude, on n'a pas été au niveau de la compétition sur le match d'hier. Cette série ne doit rien au hasard. On a eu une exigence envers nous-mêmes. On ne l'a pas eue hier."

On ne te le fait pas dire, Flo'. D'ailleurs, Laurent Blanc non plus manifestement : "Le coach s'est exprimé. Il l'a dit pendant l'entraînement et a abordé le fait qu'il y avait de la nonchalance, raconte Malouda. On ne préparait pas le match pour le gagner. On était en ville, on nous a proposé un match, on l'a fait. On est là pour faire un résultat. Comme dit Jean-Louis : 'on n'est pas à Punta Cana en claquettes'. On a redonné espoir à des gens. On repart en arrière, il faut [désormais] repartir de l'avant".

Se reconstruire  

Bref, on l'avait déjà constaté sur le terrain, Florent Malouda l'a confirmé : les Bleus étaient bel et bien venus en touristes à Kiev. Résultat : une deuxième place et des doutes. Alors désormais, l'heure est à la prise de conscience comme l'explique le Guyanais : "L'important, c'est comme on s'en relève. Déjà, il y a eu une prise de conscience que ce n'était pas terrible (...) Il faut mentalement se reconstruire, éviter les non-dits. On s'est dit pas mal de choses dans le vestiaire. Maintenant qu'on a soulevé certains problèmes, il faut les résoudre collectivement, non pas en faisant les héros qui tentent de débloquer les situations. L'équilibre est très fragile. Si on se dit : 'On est à l'Euro et on veut faire la différence seul', ça va faire dérailler la machine."

Passée la remise en question, la France, deuxième du groupe D derrière l'Angleterre, se verra opposée, en quarts, à l'Espagne, championne d'Europe et du monde en titre. Au vu du rendement bleu face à la Suède, cela n'augure rien de bon. Malouda préfère néanmoins relativiser : "Je pense qu'on a une bonne chance de battre l'Espagne. On a joué l'Angleterre, le Brésil et l'Allemagne récemment. On a bien joué." Pourtant l'éventualité de retrouver un client de cet acabit dès les quarts de finale n'était pas vraiment prévu côté Bleus, comme l'avoue le joueur : "On savait que c'était une possibilité mais on ne peut pas dire qu'on s'était préparé pour. Tous les joueurs ont vu les matches au premier tour. On sait comment ils jouent, c'est presque plus facile. Il faut contre-carrer leur maitrise collective. (...) Il faut courir et être discipliné face à l'Espagne. Ils créent des espaces et leur intelligence de déplacement est accrue. Même en courant bien, ils vont trouver la faille. Il faut leur poser des problèmes quand vous avez le ballon. Quand ils le perdent, il faut bien l'utiliser."

Souvenirs, souvenirs...

Attention toutefois à ne pas tomber dans la facilité, un pêché qui a coulé les Bleus mardi, et qui, comble du sort, a défait en huitième de finale de la Coupe du Monde 2006 une Espagne trop orgueilleuse face aux Français. Une petite lueur d'espoir dans le ciel Bleu ? Malouda préfère ne pas aller trop vite en besogne. "C'était différent. Sortir du groupe avait été difficile. Zizou jouait en Espagne encore. La presse espagnole s'était moquée de nos vieux joueurs, raconte-t-il. Quelque part, le taureau espagnol allait s'amuser avec le coq français. Ils ne pouvaient pas faire mieux pour booster le vieux coq français. Il y avait cette envie de montrer qu'on était les plus forts sur le terrain. On ne s'était pas trompé d'adversaire à cette époque-là. On avait aussi des joueurs exceptionnels."

Des joueurs exceptionnels, les Bleus en comptent encore quelques uns aujourd'hui ? Mais à l'image de Karim Benzema, toujours inefficace après trois matches dans cet Euro, les leaders naturels de cette équipe de France peinent à montrer la voie. "Je pense que Karim est frustré de ne pas avoir marqué. Le plus beau cadeau, ce serait de l'aider à rentrer en Espagne la tête haute et qu'il force le respect de ses coéquipiers." La Benz' apprécierait, oui !