Equipe de France : quel avenir ?

L’équipe de France avait deux matchs à l’extérieur à disputer dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2012. Avec seulement 4 points récoltés, c’est la mauvaise affaire de ces journées puisque la Bosnie en a empoché six. Retour sur une semaine internationale plutôt confuse, dans le jeu et dans l’esprit.

Peu de temps après que Laurent Blanc ait dévoilé sa liste des 23, des internationaux se sont exprimés par voie de presse. Ribéry revendiquant une place à gauche, comme à l’époque, Malouda, du coup, déclarait qu’il jouait où le sélectionneur le souhaitait, Evra affirmait « qu’il était difficile de remplacer Evra » pour le capitanat et Nasri qui aurait aimé que Laurent Blanc et lui se disent les choses « entre quat’z'yeux »… Ambiance. Mais d’après tous les joueurs et le staff, elle est excellente au sein du groupe ! 

Seulement, dix jours après leurs retrouvailles, force est de constater qu’il y a des manques, aussi bien techniques que spirituels. Pour certains, Laurent Blanc se « doménéchise », pour d’autres, il se renferme sur lui-même et pour certains il perd le pouvoir… Pas simple la vie d’un sélectionneur !

La France se rendait donc en Albanie pour le premier de ses deux matchs. Le sélectionneur national avait décidé de titulariser notamment Alou Diarra en milieu défensif, Ribéry à gauche, Nasri dans l’axe et Malouda à droite, puisqu’il fallait bien le placer quelque part… En plus des remplacements pour blessure ou suspension de Sagna par Reveillère et Rami par Kaboul. Au final, trois joueurs dont on n'entend pas parler dans la presse, Benzema, M’Vila et Lloris, ont fait leur match, le reste était soit plus que moyen, soit désastreux. 

Après toutes les petites phrases sorties dans la presse, les hommes qui ont donné de la voix n’ont rien montré sur le terrain, malgré la courte victoire qui n’a exulté personne. C’est alors que Laurent Blanc a décidé de sanctionner certains et d’en relancer d’autres, histoire de reprendre le contrôle de la sélection ! Car il y a du Domenech là-dedans. Bousculé par la presse qui a été somme toute conciliante avec le champion du monde 1998, Laurent Blanc est en train de perdre son crédit dans l’Hexagone.

Il faut dire que le discours des uns, les égos surdimensionnés de certains à gérer et les performances contrastées de chaque individu en club et en sélection ne facilitent pas la tâche du sélectionneur. Et après la contre-performance dans le jeu à Tirana, bien que Laurent Blanc se soit déclaré satisfait aussi bien de la production que du résultat, il a procédé à cinq changements dans son équipe de départ contre la Roumanie ! Alors s’il n’y avait rien à redire, pourquoi autant de changements ? Que Kaboul soit remplacé par Rami c’est compréhensible, puisque l’ancien Lillois est le titulaire dans l’esprit de Laurent Blanc. 

Que Diarra n’apparaisse pas dans les 11 également car il n’a jamais joué deux fois de suite avec son ancien entraîneur à Bordeaux. Et vu sa production en Albanie, difficile de lui accorder une nouvelle chance. S’il n’avait pas été le capitaine des Girondins quand Laurent Blanc a remporté le championnat en 2009, alors Diarra ne serait pas appelé en sélection, surtout qu’un joueur comme Mavuba qui correspond aux caractéristiques de son milieu défensif idéal cartonne avec le LOSC et n’est même pas sélectionné…

Mais trois autres changements sont intervenus après la pauvreté du jeu affichée par les Bleus ! Malouda, inexistant à droite, un poste où il n’a jamais joué, a été remplacé par Valbuena. Pourquoi avoir mis Malouda à droite dans un premier temps ? Parce qu’il fallait bien le mettre quelque part suite aux velléités de Ribéry ? Bref, sa prestation nous a donné beaucoup de réponses. Pourquoi le remplacer par Valbuena ? Pour tous les observateurs, Rémy avait nettement plus le profil d’ailier droit, ou bien Ménez. Mais Valbuena avait toujours plutôt bien joué en sélection. Il y a un début à tout et Petit vélo a idéalement remplacé Casper le petit fantôme.

On en vient à Nasri. Avec ces sorties dans la presse et son agacement certain pour les questions sur son état d’esprit, il était attendu en Albanie et n’a pas démontré sur le terrain qu’il était indispensable, ralentissant le jeu. Laurent Blanc a donc là aussi voulu marquer le coup en le remplaçant par Marvin Martin. Sauf que le sochalien n’a pas montré grand chose, ce qui a d’ailleurs du faire plaisir à l’ancien marseillais ou au Blue Malouda… 

L’état du terrain, déplorable, n’a pas aidé le jeune meneur de jeu à s’exprimer pleinement, tout comme ses partenaires qui s’en sont tous plaints. Il est vrai que la pelouse était indigne d’un match international, d’autant plus que c’était l’inauguration du stade ! Incroyable, certains auraient même dit que les routes roumaines étaient en meilleur état… Le dernier changement était de remettre Sagna dans le onze. 

Si Reveillère n’a pas été excellent, il s’est aussi très souvent retrouvé face à deux adversaires, Malouda le laissant se débrouiller tout seul et oubliant volontairement son travail défensif… Mais Sagna est un bon défenseur, c’est une chose, sauf qu’il ne saura jamais centrer, et c’est une certitude. Si certains pensaient qu’il avait travaillé cela, ce n’est pas dit. Et Sagna a des sautes de concentration en oubliant de prendre son joueur au marquage de temps en temps… Bref, un changement pas très heureux non plus.

Et dans le jeu, Laurent Blanc s’attendait à être confronté à une équipe joueuse, sauf que la Roumanie s’est recroquevillée sur son but en procédant en contre. L’équipe de France a eu le monopole du ballon sans jamais l’exploiter correctement. Si Ribéry s’est démené, il n’a pas réussi grand chose mis à part ce dribble face à deux défenseurs dans la surface à la 66ème. La France, en 90 minutes, aura frappé cinq fois au but dont une seule cadrée ! 

C’est bien de dominer mais Benzema, l’homme providentiel n’a rien eu de bon à se mettre sous la dent. M’Vila était moins en jambes, Valbuena n’a rien fait et Martin était discret. Cabaye a eu le mérite de tenter et fut le meilleur des trois du milieu. Derrière, Abidal a tenu la baraque en sauvant la France a plusieurs reprises pour combler les manques de ses partenaires à gauche et à droite (Evra-Rami). 

Ce fut le seul à évoluer à son niveau. Evra n’est pas un défenseur rugueux, n’est pas une contreur hors pair, pas un centreur décisif et déserte souvent son poste pour aller devant et finalement ne pas faire grand chose… Et pourtant ce même joueur est vice-capitaine de Manchester United… Il doit y avoir une erreur quelque part car il n’a pas fait un seul match excellent en sélection !

Quant à Rami qui semblait être un peu hautain sur le terrain, il n’a pas vraiment rassuré. Auteur de presque une bourde par match, il a encore fait parler les statistiques. Le Valencian n’est pas encore le défenseur intraitable qui peut remplacer un Desailly ou un Thuram dans l’esprit des Français. Finalement, la France a la chance de former de très bons gardiens et celui qui conserve les cages des Bleus en est un, lui qui a fait son job et a du sauver la France sur les coups de pied arrêtés, déserté par sa défense… Si Lloris a gardé ses buts inviolés, il n’a pas eu le bonheur de voir les filets adverses, nous laissant sur un triste 0-0 qui aura endormi tous les téléspectateurs.

Finalement, la France est rentrée avec quatre points supplémentaires, deux de moins que ceux envisagés et ceux pris par la Bosnie, qui revient à un point avant les deux derniers matchs d’octobre. Seulement, la pauvreté du jeu a fortement déçu, tout comme le choix des joueurs et l’incohérence des propos et des actes aussi bien des joueurs que de l’entraîneur. Alors si la France a toujours son destin entre ses pieds, elle ne progresse pas dans le jeu, les égos reprennent le dessus et Laurent Blanc n’arrive pas à les canaliser. 

Il a tendance à perdre le pouvoir et veut le reprendre, sauf que les jeunes ont besoin de temps pour s’affirmer et que les cadres n’agissent pas en tant que tels pour les encadrer. C’est donc une équipe nationale moyenne, rentrée dans le rang et qui ne met plus de carton, même à de petites équipes comme le Luxembourg (deux fois 2-0) qui va essayer de conserver son avance au classement pour se qualifier pour l’Euro.

Il ne reste que deux matchs et Laurent Blanc a encore énormément de travail. S’il y a des chances qu’il réussisse sa mission première, la deuxième est de ne pas se ridiculiser une troisième fois en grande compétition internationale. Pour le moment, c’est encore possible, surtout que l’état d’esprit n’est pas au mieux, c’est le moins que l’on puisse dire.