Stephan Grichting, Georges Mandjeck

Battue 3-0 à Marseille lors de la 37e journée de Ligue 1, l'AJ Auxerre concourra en Ligue 2 l'an prochain. Avec 34 points et 4 longueurs de retard sur le premier non-relégable, les Bourguignons mettent fin à 32 ans de présence parmi l'élite. Comment ce club en est-il arrivé là ? Chronofoot esquisse quelques pistes.

Sept victoires, treize nuls et dix-sept défaites. A moins d'une semaine de son dernier match en Ligue 1 avant au moins quinze mois, l'AJ Auxerre présente un bilan qui n'est pas si mauvais pour une lanterne rouge (on se souvient des 20 points d'Arles-Avignon l'an dernier), mais désespérément indigent pour une équipe qui avait l'intention de truster le podium, dixit son président Gérard Bourgoin en début de saison. Après leur avoir survécu des années durant, Auxerre va, à son tour, connaître les affres de la Ligue 2 comme l'ont fait Monaco, Nantes, Lens, Bastia ou Strasbourg. En espérant qu'ils sauront s'en remettre, à l'instar de Saint-Etienne ou Marseille.

Un club tranquille, trop tranquille pour certains

Mais pour rebondir rapidement, encore faut-il analyser précisément ce qui a amené l'AJA dans un tel bourbier. On parle tout de même d'un club qui, ces 10 dernières années, aura terminé à deux reprises sur le podium, remporté deux Coupes de France et disputé une Coupe d'Europe à 6 reprises. Son pire classement des années 2000 ? 15e au terme de la saison 2007-2008, seule et unique apparition dans la 2e partie du classement de la Ligue 1 sur la même période. N'allons pas jusqu'à dire que les Bourguignons n'ont jamais connu de crise ici ou là, mais ils finissaient toujours par s'en sortir avec une place plus que confortable dans le ventre mou. Un bilan pour lequel certains signeraient des deux mains.

De l'auteur du doublé coupe-championnat en 1996, on avait fini par retenir le quotidien pépère, peu enclin aux psychodrames et à la valse des entraîneurs. Le limogeage de Laurent Fournier en mars au profit de Jean-Guy Wallemme fut d'ailleurs une première dans toute l'histoire du club, dont le banc n'a connu que sept fessiers depuis 1964 et aucun qui soit parti contre son gré en cours de saison. Cette nouveauté fut la conséquence directe d'un été 2011 pour le moins chargé et inhabituel du côté de la Pagode. Alors qu'Alain Dujon, le président en place, présentait un bilan relativement correct (8e en 2009, 3e en 2010 et 9e en 2011), Bourgoin et ses ouailles (à savoir l'ancien président Jean-Claude Hamel et Guy Roux) décidèrent de reprendre le pouvoir au sein du conseil d'administration. Une instance unique en France, puisqu'elle dirige une association qui possède le club à 99%. Le collectif de ceux qu'on surnomme les "papys flingueurs", renommé AJA 2015, déplore la tranquillité trop routinière qui constitue l'essentiel de l'environnement du club et souhaite le remettre sur la voie du succès.

Premières promesses, premières déceptions

Deux-trois propos démagos ("L'objectif est de retrouver la Ligue des Champions", fanfaronna notamment Bourgoin dans L'Yonne Républicaine) et un semblant de putsch plus tard, revoilà le trio à la tête du club, Hamel et Bourgoin à l'exécutif et Guy Roux bombardé à la supervision de la formation. L'entraîneur Jean Fernandez ayant senti le vent tourner, c'est Laurent Fournier qui prend les commandes de l'équipe. Et, malgré un effectif plutôt limité, l'AJA assure un début de saison plutôt convaincant, avec une série de 8 matches sans défaite qui le portera à sa meilleure place de la saison: 9e. Cette situation tout juste acceptable d'un point de vue sportif mais somme toute en cohérence avec ce à quoi nous ont habitué les Bourguignons, a tout de l'arbre qui cache la forêt.

L'AJA du début de saison, ce sont deux joueurs décisifs, Dennis Oliech et Alain Traoré, respectivement auteurs de 4 et 6 buts lors des 9 premiers matches et une arrière-garde qui tient à peu près la baraque grâce notamment au défenseur central Willy Boly et à l'expérimenté Edouard Cissé. Mais pour peu que l'un ou l'autre de ces joueurs connaisse une méforme, le doute revient assez vite et il ne reste plus grand monde pour assurer. Perdez Oliech ou Traoré et vous aurez Ben Sahar et Issam Jemâa. La perspective peut faire peur.

Devant le manque de continuité des résultats, le doute s'installe et le public auxerrois s'impatiente, on assiste alors à une série de comportements qui dénote d'un sentiment de fouillis inaltérable chez les dirigeants auxerrois. Alors que la première partie de saison voit la gloire locale Djibril Cissé galérer comme pas deux à la Lazio Rome, Bourgoin lance un appel aux supporteurs pour qu'ils contribuent à son retour sur la terre de ses exploits: "Si 10 000 supporteurs donnent 100 euros, on peut boucler le retour de Djibril. J'aurais d'ailleurs dû lancer une souscription lors du derby bourguignon." Alors que ses attaquants sont pour le moins inexistants lorsque les deux perles africaines ne sont pas là pour dynamiter les défenses, le président veut leur faire du rentre-dedans pour les motiver. Une façon de faire qui n'arrangera pas grand chose pour le pauvre Issam Jemâa, prototype de l'attaquant qu'un rien perturbe et qui filera à l'anglaise à l'intersaison du côté de Brest.

Quelles responsabilités, quelles solutions d'avenir ?

Les mauvais résultats s'accumulent, notamment une série de 10 matches sans victoire qui aura raison de la patience de Bourgoin & co. Si la décision de licencier Laurent Fournier au lendemain de la défaite contre Evian courant mars lui a "déchiré le coeur", l'industriel peut aussi pointer quelques responsabilités en dehors de celles de son entraîneur et de l'effectif, à commencer par les siennes. Etait-il bien nécessaire d'encourager des supporteurs déjà bien excités "à bouger les joueurs et à leur mettre la pression" ? Fallait-il recruter aussi léger (Rudy Haddad, Ben Sahar, Issam Jemâa) après avoir saigné l'effectif à blanc (Pedretti et Jelen à Lille, Mignot à Saint-Etienne) ? Fallait-il retenir le talentueux Ndinga alors qu'il ne présentait aucune garantie d'être aussi bon par la suite ?

Ce qui est fait est fait, et l'AJA doit désormais oublier qu'il y a encore un an et demi, c'est José Mourinho et Massimiliano Allegri qui se présentaient à l'Abbé-Deschamps pour de bien belles affiches de Ligue des Champions. L'an prochain, ils auront droit à Landry Chauvin et Cédric Daury. Sans déconsidérer ces messieurs, ils n'ont tout de même pas le même pedigree. Le club, qui devrait présenter un déficit de 18 millions d'euros à la fin de la saison (la faute à un budget prévisionnel qui prévoyait au pire une 7e place en fin d'année), doit trouver des solutions. Et vite. Parce que le centre de formation (6-7 millions d'euros par an), crucial pour l'avenir à moyen terme du club et pour l'équilibre de ses finances, ne peut pas se financer tout seul. Et parce que le club court un risque réel de vivre un destin à la strasbourgeoise.

La solution peut venir d'une ouverture du capital, comme on le laisse entendre dans les couloirs du club depuis la semaine dernière, ou bien d'une gestion particulièrement parcimonieuse. Fort heureusement pour le club bourguignon, Guy Roux souligne que "les 17 ans ont remporté leur championnat et les 19 ans vont peut-être faire de même l'année prochaine." Encore une fois, c'est la jeunesse qui pourrait sauver le monument en péril. En attendant, Auxerre recevra Montpellier dimanche prochain. Et participera, à sa manière, à la désignation du champion de France. Une récompense douce-amère pour une équipe dont le président visait "une place dans les trois premiers."

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