Al Jazeera décroche les droits de la Ligue des Champions
Contre un chèque annuel de 61 millions d’euros, le groupe Al-Jazeera a acheté les droits de 133 des 145 matches des éditions 2012-2013 à 2014-2015 de la Ligue des Champions. Des rencontres assorties des magazines. Soit l’offre actuellement proposée par le groupe Canal +. Justement, les plus optimistes diront que Canal + va économiser 31 millions d’euros lors des trois prochaines années et ainsi abaisser le coût de sa grille. Une opération déjà entamée avec la Ligue 1 (420 millions de 2012 à 2016 contre 465 millions actuellement), ou alors développer davantage son pôle cinéma et série. Les plus pessimistes répondront que cette économie devrait être attribuée à combler la perte d’abonnés qui risque de découler de la privation de la plus grande compétition continentale de football.
Avec cette somme, Canal peut supporter un deficit de 650 000 abonnés. Même si le fait de conserver deux matches de Ligue 1 par journée, dont l’affiche du dimanche soir, devrait retenir les amoureux du ballon rond, dans un premier temps.Car les Qataris ne devraient pas s’arrêter à la C1. Ils lorgnent avec gourmandise sur la quasi totalité du catalogue de droits de la chaine cryptée. D’ailleurs, la Liga et le Calcio sont en vente pour la saison prochaine. Ainsi, il apparait plus que plausible que Canal + diffuse l’un de ses derniers clasico ce samedi (22h). L’Europa Ligue, diffusée par le groupe Canal, à l’exception du meilleur match (groupe M6) suscite aussi l’intérêt de la future chaîne dirigée par Charles Biétry. Et la Premier League sera en vente dans un an (Canal dispose de l’intégralité des droits pour plus de 15 millions). Et puis il y a l’Euro 2012 de football qui pourrait échoir en partie à Al-Jazeera, certainement aux côtés de TF1. Bref, c’est une razzia qu’espère opérer le groupe qatarien sur les droits du football, voire du sport puisque la chaîne sera omnisport. Ainsi, les masters de tennis, actuellement détenus par Orange Sport pourraient également atterrir dans l’escarcelle du groupe présidé par Nasser Al-Khelaïfi. Autant de compétitions pourvoyeuses d’abonnements.
En fait, Al-Jazeera est en train de distordre ou de relancer la concurrence sur le sol français, touché par la crise et les échecs successifs de TPS et Orange, laissant jusque-là Canal dans une position de quasi-monopole. L’erreur de Canal + se situe peut-être là, justement. A trop signaler qu’il allait baisser sa contribution au football français, le groupe de Bertrand Meheut a mis la Ligue de Football Professionnel en alerte, obligé de chercher une solution miracle, face au retrait d’Orange. Alors le président de la LFP, Frédéric Thiriez a quémandé aux Etats-Unis, en Angleterre, à l’Élysée, puis finalement au Golfe. Il a trouvé, dans la foulée du projet de reprise du PSG, le miracle que beaucoup n’imaginaient plus. Mais Nasser Al-Khelaïfi, aux moyens aussi illimités en télévision que sur le marché des transferts, doit encore peaufiner son arrivée sur le marché de la télévision française. Il a nommé Charles Biétry, ancien directeur des sports de Canal + de 1984 à 1998, à la direction de la future chaîne sportive, qui devrait être baptisée « avec un nom occidental » selon Biétry, d’ici la fin de l’année. D’ailleurs, les Qataris envisagent de lancer un bouquet complet, s’attaquant donc au cinéma, l’autre source d’abonnements du groupe Canal.
Néanmoins, actuellement, Al-Jazeera n’a pas de source de diffusion. La reprise d’Orange Sport devient de plus en plus improbable, Stéphane Richard, le président d’Orange se montrant réticent. Il y a aussi l’option Eurosport, détenue par TF1, compliqué juridiquement à cause de la présence de la chaine sportive sur la TNT payante. Les pistes Ma Chaine Sport (Numéricable) voire CFoot (LFP) sont encore plus floues. Si la future chaine devait démarrer de zéro, elle devrait rapidement trouver des accords avec les fournisseurs d’accès internet pour être diffusée dès mai ou juillet 2012. Quant à la télévision par satellite, le monopole de CanalSat rend improbable l’installation d’Al-Jazeera sur le bouquet, à moins que Canal ne prenne un risque supplémentaire pour gonfler son parc d’abonnés sur cette offre. Il reste donc de nombreuses zones d’ombres autour du projet de télévision mené par les Qataris. Un peu comme sur l’avenir de Canal + qui risque de s’assombrir dans les mois à venir.