Alex Ruiz et Marie Portolano (© DPPI Media)

Lancé quelques semaines avant l'Euro, beIN Sport la toute dernière née des chaînes de sport a fait une entrée en fanfare dans le PAF. Des millions d'euros dépensés, des journalistes arrachés à droite à gauche, et surtout des droits télé sur quasiment tout et voilà que beIN Sport s'impose déjà presque comme une référence… avant même d'exister. Parmi ces nombreux rendez-vous, la chaîne propriété de Qatar Sport Investments propose un rendez-vous entre 19h et 20h30. Oui, à l'heure de l'indétrônable "Grand Journal". Rencontre avec Alex Ruiz et Marie Portolano, ceux qui veulent faire mieux que Michel Denisot, Yann Barthès et les Guignols réunis.

Ils incarnent à eux deux la nouvelle génération de journalistes français. Aux côtés de la star Darren Tulett, du consultant grincheux Claude Askolovitch et d'un patron qui ne cesse de faire tourner les têtes de ses concurrents (Charles Biétry), Alexandre Ruiz et Marie Portolano ont rendez-vous avec les abonnés du lundi au jeudi entre 19h00 et 20h30. Des abonnés qui devront choisir entre le très populaire Grand Journal de Canal Plus et la fraîcheur du duo. 

"Le sport permet de mettre en lumière les maux et méfaits de la société"

Le programme souhaite "d'abord donner l'info sans délaisser le divertissement", affirme Marie Portolano, en charge des news dès 19h30. Une formule que comprend parfaitement Alex Ruiz, le patron de l'émission: "Dans un programme d'actu et d'entertainement, le Grand Journal est une référence, sur le fond et sur la forme. La dynamique m'intéresse. On peut en tirer quelques ficelles. Pour moi, il y a 3 règles de base que m'a apprises Thierry Gilardi: D-I-D. Décrire, Informer, Divertir. Ces 3 balises dans cet ordre-là sont incontournables".

Une nouvelle manière d'approcher le sport afin de lui donner ses lettres de noblesses dans un pays où quand on parle de ballon rond, on vous prend souvent pour un beauf: "Je ne lis pas L'Equipe en premier lieu le matin. Il est important d'avoir des angles différents comme peuvent le faire Libé, le Figaro ou Le Monde. C'est aussi ce qu'on cherche à faire", explique posément Ruiz. Une ligne éditoriale qui, selon le boss Charles Biétry, doit "revenir à l'humain". Mais qu'est-ce ça veut dire concrètement ? "C'est utiliser un support particulier, en l'occurrence le sport, pour parler de la société, argumente Alex. Il y a peu de vecteurs universels aujourd'hui sur la planète. Le sport est l'un d'eux. Que l'on soit dans un bidonville en Afrique du Sud ou un directeur d'entreprise à Paris, on trouvera toujours un fan du Real Madrid. Le sport permet de mettre en lumière les maux et méfaits de la société. Quand tu vas au stade, tu as, en 1h30, un microcosme qui reflète assez fortement la société. Notre mission est de prendre ce prisme là pour dénoncer ou mettre en avant tel ou tel fait".

"Je suis un enfant de Canal"

Charles Biétry. C'est lui l'ancien de Canal qui a été débaucher et qui a monté son équipe parmi plus de 700 CV reçus. "Il y a un facteur humain très fort lié à Charles Biétry, détaille l'ancien de chez Europe 1. Je suis un enfant de Canal. Le nom de Charles Biétry à une résonance particulière chez moi. Il est lié à la création du sport à la télé. Quand il m'a proposé beIN Sport, je me suis dit que c'était la bonne occasion de bosser avec quelqu'un qui comptait pour moi dans l'histoire du sport. C'est extraordinaire de vivre quelque chose comme ça. On espère tous que beIN Sport aura une longévité énorme, et qu'un jour on se retournera et on qu'on dira: "On était là au début".

Pour Marie Portolano, la situation était un poil différent. Tête d'affiche de feu CFoot (une chaîne qui avait fait le pari de la Ligue 2), elle a appris par la presse l'arrêt de cette dernière. Mais comme dans tout conte de fées, il y a une belle histoire derrière: "Ils m'ont appelé le jour même de l'annonce de l'arrêt de CFoot. C'était un ascenseur émotionnel pour moi. J'ai dit oui tout de suite", clame-t-elle toute pimpante. "J'ai accepté parce que j'avais très envie de faire partie de ce projet et puis j'avais déjà participé au lancement d'une chaîne même si ce n'est pas du même acabit. J'avais d'autres propositions qui n'étaient pas que dans le sport", poursuit-elle avant de lancer une petite blague : "On ne m'a pas proposé le 20h (de TF1)". Du Marie Portolano pur et dur.

"Je ne suis pas arrivé ici pour doubler, tripler ou quadrupler mon salaire"

Avec une rédaction qui à moins de 30 ans de moyenne d'âge (sans compter Charles Biétry), c'est avec le dossard de challenger que beIN Sport déboule dans le PAF. Une "équipe de France Espoirs", selon les mots de l'ancien directeur des Sports de Canal. "J'aime bien ce terme, je trouve qu'il définit bien l'aventure. Je ne me considère pas comme quelqu'un d'arrivé, je ne le serai jamais. Pour démarrer une aventure, si tu n'as pas cette jouvence tu craques. J'espère avoir cette envie même si je suis un peu plus âgé", analyse Alex Ruiz, qui fait presque office d'ancêtre du haut de ses 37 ans.

Une entrée en fanfare qui bouscule tous les codes. Mais ne vont-ils pas trop vite, nos amis Qataris ? "C'est une impression qui peut être légitime. Avec toute cette jeunesse et l'expérience de certains, je trouve que c'est cohérent. Ça va vite mais pas trop vite", tempère Alex Ruiz, immédiatement coupé par sa consoeur: "C'est comme ça qu'il faut travailler. L'adrénaline, c'est bon". Ou comment concentrer en 15 secondes de conversation ce que veut être cette nouvelle née.

"C'est le premier CDI de ma vie"

Enfin, on ne pouvait pas passer à côté de la question que tout le monde se pose. Est-ce qu'une chaîne détenue par des Qataris paie aussi bien qu'un club détenu par des Qataris ? "Les contrats ne sont pas démesurés. Je gagne bien ma vie mais je ne suis pas arrivé ici pour doubler, tripler ou quadrupler mon salaire comme j'ai pu le lire", assure Ruiz. Même son de cloche chez Marie Portolano: "Ce n'est pas absolument pas mirobolant comme ce que l'on peut imaginer. C'est le premier CDI de ma vie. Tu as envie de rendre un bon produit quand on te traite comme ça". Avoir un CDI en temps de crise. beIN Sport aura au moins déjà fait ça de bien...