Bordeaux : la gouvernance du club remise en question

La gouvernance des Girondins cristallise aujourd’hui l’essentiel des critiques qui s’abattent sur un club à l’agonie depuis janvier 2009. Aux Girondins, c’est Jean-Louis Triaud qui incarne à lui seul le club depuis bientôt 15 ans. Chantre de la gestion « en bon père de famille » sa gestion amène aujourd’hui le club au bord de l’abîme. Alors que tous les clubs de l’élite ont mis en place de véritables équipes de managers et d’encadrement, Bordeaux est un club qui fonctionne encore à l’ancienne, comme il fonctionnait en 1995.

Sportivement, de l’extérieur, ce qui frappe depuis 3 saisons, c’est une politique indéchiffrable et incompréhensible. Des recrutements affligeants, des prolongations de contrats de joueurs incompréhensible, une politique salariale ahurissante. Généralement, dans un club professionnel, le président s’appuie sur un Directeur Sportif ou un Conseiller Sportif, garant de la politique sportive du club sur le moyen ou le long terme. 15 des 20 clubs de L1 ont explicitement dans leur organigramme un Directeur sportif ou un Conseiller sportif rattaché au Président. Les seuls qui dérogent à ce fonctionnement sont Bordeaux, Dijon, Lorient, Auxerre ou Nancy, même si le cas de Lorient est différent avec un entraineur inscrit dans la durée.

Cette organisation a -théoriquement- pour principal bénéfice de garantir la politique sportive d’un club et ses intérêts, comme par exemple la politique salariale au sein du club ou la gestion/négociation des transferts. Le directeur sportif défend les intérêts du club, qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux de l’entraineur du moment. Parfois, ce rôle se confond avec celui d’un manager général comme à Arsenal ou Manchester. Mais il s’inscrit obligatoirement dans la durée.

A Bordeaux, il y a eu Charles Camporro jusqu’en 2006. Condamné dans l’affaire des comptes de l’OM pour avoir fait une fausse offre sur Arthur Moses au nom des Girondins à son mentor Rolland Courbis, il a été poussé vers la sortie par le club en 2006. Mais avec ses qualités et ses défauts, il savait vendre les joueurs inutiles ou rarement utilisés. Il savait convaincre le président qu’il fallait prolonger ou pas tel ou tel joueur.

Mais depuis 2006, c’est une vague cellule « Détection et recrutement » qui est en charge du recrutement professionnel. D’abord dévolue à Pavon, c’est aujourd’hui Jérôme Bonnissel qui en est responsable. Mais Bonnissel n’a en aucun cas le titre et encore moins le pouvoir d’un directeur sportif. Récemment interrogé sur l’opportunité de nommer un directeur sportif à Bordeaux, Triaud réfute l’argument : « La fonction du directeur sportif existe chez nous mais elle est éclatée entre plusieurs personnes ». Eclatée, diluée ou dissoute… Au final, c’est le seul Jean-Louis Triaud qui prend les décisions. Face à l’échec patent du groupe en place, son discours ne tient pas. Les prolongations de contrat iniques concédées aux joueurs de 2009 et les échecs du recrutement depuis 3 ans n’en sont que l’illustration.

Mais à Bordeaux, même au bord de l’abîme il n’y a jamais l’ombre d’une autocritique pour la direction, il est urgent de ne rien faire. Car même si ce sont les joueurs qui sont sur le terrain, il faut à un moment se poser la question de savoir qui les a recrutés. Le constat bordelais est dramatique. La direction du club démontre toute son incapacité à anticiper et à l’inverse toute sa capacité à multiplier les mauvais choix. Bien entendu, la vie d’un club de football n’est jamais un long fleuve tranquille, et il y a des périodes de pain noir. Mais la bonne fortune ne revient pas toute seule en attendant, il faut provoquer les événements.

Aujourd’hui, avec le club au bord de l’abîme, la balle est dans le camp de Tavernost. Le seul fusible disponible est Jean-Louis Triaud. Tavernost peut-il -réellement- prendre le risque de voir descendre les Girondins ? Sacrifiera-t-il le club pour sauver son amitié de 30 ans avec Triaud ? Sacrifiera-t-il Triaud pour espérer sauver les Girondins ? Cherchera-t-il un actionnaire prêt à injecter 10 à 30 millions d’euros dans le club ? Ou attendra-t-il que le plomb se change en or par l’opération du Saint Esprit ? Tavernost est aujourd’hui à la croisée de chemins…