
Un peu cruel, ce boulet de la semaine. Il "récompense", faute de mieux, une équipe qui avait toutes les cartes en mains pour se maintenir mais qui a vu tous ses concurrents lui damer le pion, les uns après les autres. Résultat, Malherbe retourne en Ligue 2, comme tous les deux ans.
Histoire de n'oublier personne et de ne pas attirer le mauvais oeil sur cet article, commençons par évacuer tous les points qui pourraient conduire à dire que Caen ne méritait peut-être pas de descendre. Le premier d'entre eux est le suivant: Malherbe n'a passé que deux journées dans la zone rouge, après la 30e et la 38e journée. Manque de chance, c'est précisément à la fin de la 38e qu'il ne fallait pas s'y retrouver. On pourrait nous opposer, après ça, que la plus longue série de matches sans victoire des Caennais s'élève à 8, tandis que Sochaux en a aligné 13 au coeur de l'hiver, Ajaccio 12 durant l'automne et Brest 11 lors du premier tiers de la saison.
Dans le même registre, on pourrait aussi dire que le penalty amenant le 2e but de Valenciennes, celui qui mit Caen K.O. dimanche soir, semble un peu sévère. Enfin, on pourrait terminer en disant que la victoire d'Ajaccio à Toulouse, peu de gens auraient affirmer y croire les yeux fermés. Tout comme celle de Nice à Lyon. Ou celle de Sochaux devant Marseille. Ou celle de... bref, vous avez compris.
La fuite des talents
Mais cette accumulation assez rare de guigne ne changera rien au constat que Caen a gâché, l'une après l'autre, chaque chance qu'il avait de rester en Ligue 1. Et donc que sa 18e place a beau revêtir un caractère étrange, limite inexplicable au premier abord, il ne faut pas aller chercher trop loin pour en chercher les raisons véritables. La faute à quoi ? A qui ? Les erreurs sont multiples et ne se retrouvent pas uniquement dans le match de Valenciennes, qui fut d'ailleurs une rencontre relativement aboutie de la part des Caennais, conclue simplement par quelques coups du sort qui marquent au fer rouge ces équipes amenées à être reléguées.
La première erreur, ce fut évidemment l'amateurisme dont a fait preuve la direction du club en fin de saison dernière lorsqu'il fallut préparer l'exercice 2011-2012. Youssef El-Arabi, star du club et auteur de 15 buts tous plus décisifs les uns que les autres en championnat a été vendu 7,5 millions d'euros à un club d'Arabie Saoudite. Admettons que pareil joueur était difficile à retenir, mais quitte à le laisser partir, pourquoi le faire à un tarif qui parait assez peu élevé au regard du talent du joueur, et dans un club de deuxième, voire de troisième catégorie ? De la même manière, le Stade Malherbe n'a pas su conserver Yohan Mollo, prêté par Monaco et grand dynamiteur de défenses devant l'éternel, alors qu'il avait pourtant fait part de son envie de rester en terre bas-normande. Résultat, il est allé se morfondre six mois à Grenade avant de revenir par la grande porte à Nancy, qu'il contribua largement à sortir de l'ornière où le club se trouvait au coeur de l'hiver.
Frau, le crépuscule du cygne
En lieu et place de ces deux talents, Caen recruta, croyait-il, malin. La preuve par 3. On réactive la filière monégasque avec Frédéric Bulot, jeune espoir franco-gabonais (il est vrai performant cette saison), on engage Fayçal Fajr, autre espoir du Sud de la France puisqu'originaire de Fréjus et surtout, péché originel des péchés originels, on recrute Pierre-Alain Frau gra-tui-te-ment. Tout bénéfice, évidemment. Ah non, il y a un os. Caen a arraché l'ex international espoir de haute lutte à Saint-Etienne en lui offrant un salaire de 120 000 euros mensuels. Au vu des finances bas-normandes, ça faisait déjà beaucoup. Mais en plus, le club recrutait là un joueur certes talentueux, mais dont l'âge (31 ans) et la capacité à enchaîner les matches (une demi-heure de jeu en moyenne chaque fois qu'il jouait avec Lille en 2010-2011) n'étaient pas vraiment compensés par ses qualités de "super sub".
Et ça n'a pas loupé: si Frau a loupé assez peu de matches (32 rencontres de Ligue 1 jouées), il ne les a jamais joués entièrement (à peine plus d'une heure de présence sur le pré en moyenne) et a péché régulièrement en termes de réalisme et de présence physique (6 pions au total et de nombreuses absences). Ce qu'on pourrait qualifier aisément de mauvaise pioche. Quand ils y repensent, ça doit quand même les faire marrer, à Geoffroy-Guichard. Mais il serait trop facile de tout mettre sur le dos du pauvre Sochalien de formation. Côté déception, on peut aussi citer Mbaye Niang, la pépite de 17 ans, qui avait planté 3 buts salvateurs en fin de saison dernière et qui s'est avérée presque aussi muette qu'une carpe sous Lexomil cette année (2 buts en 23 matches). Difficile, de cette manière, de se faire épauler correctement pour Romain Hamouma, le leader technique de l'équipe.
Constante inconstance
Le recrutement n'a pas été le seul problème caennais, évidemment. Parmi les lacunes évidentes, on compte cette incapacité chronique à glaner les points là où c'est le plus simple. Capables d'en récolter 6 face à Lyon, de battre Bordeaux ou de dominer nettement le PSG (2-2), Malherbe n'a pas su corriger Dijon chez lui, s'est fait avoir à domicile par Evian ou encore Sochaux, sans oublier l'effondrement inexplicable face à Saint-Etienne dans leur antre de Michel d'Ornano (1-4). La faute à un manque d'implication face aux "petits" qui se paie assez rapidement quand on est pas capable de rivaliser avec les "gros". Caen a de nouveau justifié sa réputation d'équipe imprévisible, capable du meilleur comme du pire (mais plus souvent du pire).
Et en terme de jeu, qu'est-ce que ça donne ? Des pertes de ballon désarmantes, des erreurs de marquage récurrentes sur coups de pied arrêtés, à côté desquelles on trouve aussi, malgré tout, des interventions tranchantes, des relances nickel et de véritables coeurs de lion au milieu de terrain (Nicolas Seube, Grégory Proment). Des qualités qui nous font songer à Thomas Heurtaux, révélation de la saison côté malherbiste mais bien malheureux de la dernière journée, lors de laquelle il se rend coupable d'une passe trop peu appuyée à son gardien et qui l'oblige à déséquilibrer l'attaquant de Valenciennes dans la surface et provoquer le penalty du break. Pas de chance, vraiment pas de chance.
Caen, l'équipe aux intentions joueuses et maladroites, qui balance d'une journée à l'autre entre pragmatisme rugueux et barcelonisme de rez-de-chaussée, n'a tout simplement pas les moyens de ses ambitions. Ce qui a frappé cette année, encore une fois, c'est ce sentiment d'impuissance qui émanait parfois de Franck Dumas, l'entraîneur des Calvadosiens, au sujet de sa capacité à faire passer son message auprès des joueurs. Du cran, de la concentration... Mais rien n'y a fait. Quand les mêmes problèmes se posent chaque année, quand on sent à ce point le manque de certitudes dans le projet de jeu de l'équipe, y a-t-il vraiment légitimité à jouer en Ligue 1 ?
3e descente en sept ans
La réponse vient naturellement, et elle vient du terrain: c'est la deuxième fois que Caen, après 2009, ne parvient pas à signer pour une 3e saison d'affilée en Ligue 1. La 3e, si on compte la relégation de 2005. Nicolas Seube, qui a vécu chacun de ces traumatismes, en avait d'ailleurs très gros sur la patate après l'officialisation de la descente, dimanche soir: "J'en ai gros sur le coeur, car il y a énormément de gens qui nous soutiennent dans cette ville et on n'a pas été capable de se maintenir. Je suis déçu pour eux, pour le club, déçu pour nous, mais surtout pour les gens qui travaillent dans ce club. Je m'excuse auprès de tout le monde pour notre prestation."
Malherbe intégrera l'an prochain une Ligue 2 très compétitive, dans laquelle il retrouvera des clubs plus qu'habilités à jouer la montée: Monaco, Nantes, Sedan, Clermont, Lens, Auxerre... De quoi s'étalonner pour ce qu'on espère être ses prochaines aventures dans l'élite. En attendant, il y a des plaies à panser. Et des absents à remplacer. On imagine mal les talentueux Thomas Heurtaux (qu'on dit en partance pour Udinese), Alexis Thébaux et Romain Hamouma se replonger dans l'eau de la Ligue 2. En espérant que la cicatrisation sera aussi rapide que la dernière fois: Caen avait terminé champion de France de Ligue 2 l'année où il était descendu.

belle analyse