
A l'occasion de l'Euro 2012 de l'équipe de France, Chronofoot vous emmène en immersion dans un endroit où a été diffusé le match des Bleus. Après France-Angleterre en compagnie de Marcel Desailly, rendez-vous au Trocadero, où se dresse le 'Hyundai Fan Park' et son écran géant.
Il est un peu plus de 17h ce vendredi 15 juin lorsque je sors du métro Trocadero, à deux pas de la Tour Eiffel, pour assister à la diffusion de la rencontre entre l'Ukraine et la France, décisive pour l'avenir des deux sélections à l'Euro 2012. Une victoire et tout devrait rouler par la suite, un nul et le destin resterait entre leurs mains, une victoire et ça se compliquerait grave.
Difficile attente
Autant dire qu'à mesure que je descends du Parvis des Droits de l'Homme vers le 'Fan Park' dressé par le constructeur automobile Hyundai, la tension se fait ressentir, à mesure que l'air s'épaissit. La foule est encore un peu éparse, tout le monde - à une dizaine de supporteurs ukrainiens près - soutient l'équipe de France, pas de souci, mais tout de même, depuis 6 ans que les Bleus n'ont pas gagné un match en compétition, le public est comme un chat échaudé. Les conversations commencent d'ailleurs à prendre cette direction-là: "Tout de même, c'est l'Ukraine, on leur a mis la pâtée il y a un an", essaie de rassurer un ado vêtu du maillot 2008 de Karim Benzema. Son pote, juste affublé d'une casquette bleue en guise d'apparat, est un peu moins confiant: "La dernière victoire à l'Euro ou en Coupe du Monde [ndlr, contre le Portugal en demi-finale de la Coupe du monde 2006], c'est à peine si je m'en souviens."
Si on met de côté l'ambiance un peu tendue, le cadre est très sympa. Un match de foot avec la Tour Eiffel en perspective, juste derrière l'écran géant, en même temps, ça en jette. A mesure qu'approche l'heure du match, je fais le tour du propriétaire: une zone d'accueil de 2500 m² susceptible d'accueillir 5600 personnes, des dizaines de groupes, de couples, de familles éparpillées un peu partout, des exemplaires de L'Equipe qu'on a distribués gratis à l'entrée (à se demander pourquoi je l'ai acheté le matin) et qui s'envolent deux minutes plus tard dans les airs (oui, il fait du vent). Et des buvettes aussi, dont je m'aperçois avec stupéfaction qu'elles vendent de la bière... sans alcool. Crime ignoble. Le supporteur de football sans bière, ça n'a pas plus de sens qu'un footballeur sans ballon. Premier coup dur de la soirée. Je me demande bien ce qui pourrait bien se passer de plus.
En plus de ça, la speakerine/animatrice/chauffeuse de salle/ambianceuse ressemble affreusement à... une ambianceuse. Elle nous lance des "Vous êtes chauds ?", "Est-ce que vous êtes lààààà ?", "Bon match à tous, vive la France!" et bon, pour rester poli, disons qu'on a hâte que le match commence. En attendant le coup d'envoi, Hyundai envoie ses pubs sur le grand écran, fait des plans sur le public et un spot spécial Euro 2012 où apparaît un sosie de Mamadou Sakho qui prépare des caïpirinhas sur une plage caribéenne. On ne doit pas être très éloigné de la réalité, quand j'y pense.
Et soudain, la foudre frappa
Les premières images de Donetsk arrivent, avec un premier plan sur Andreï Shevchenko auquel les quelques supporteurs ukrainiens répliquent d'un strident: "Sheva we love you !" Si le temps est à l'orage en Ukraine, on n'est pas loin d'en dire autant au Trocadero. Tour Eiffel ou pas, ça risque de méchamment mouiller pendant le match. Alors que le 11 de départ de l'équipe de France est annoncé, j'entends quelques voisins s'indigner de la présence de Jérémy Ménez. A quoi ça peut bien servir de jouer pour le PSG si c'est pour être sifflé chez soi ? Après une Marseillaise tonnée de toute part, le match débute sous les trombes d'eau. "C'est injouable, injouable, t'as vu les éclairs ?" C'est vrai que les images sont impressionnantes. Le ciel strié d'éclairs déverse des torrents d'eau sur la pelouse et empêche toute perspective de jeu.
Si bien qu'au bout de 5 minutes de jeu, l'arbitre décide d'arrêter le match. "Oh, c'est une blague ?" s'interroge, mi-amusé, mi-interloqué, un quadragénaire derrière moi. Et non, ce n'en est pas une. Du coup, j'en profite pour aller rejoindre le carré VIP où l'ambiance est telle que, match ou pas, on a l'impression que ça ne ferait pas de différence. J'arrive quand même à entendre quelques commentaires ironiques du genre: "C'est dommage, pour une fois qu'on a vu des éclairs en équipe de France" ou encore "Si j'en entends un dire que la pelouse n'était pas assez arrosée, je hurle." A titre personnel, j'essaie de me tenir informer sur BeIN Sport, mais à part les conseils de Mickaël Landreau sur le comportement à adopter en cas d'orage, je n'en retire pas grand chose. Ce n'est qu'une dizaine de minutes plus tard que les journalistes de la chaîne qatarie nous annoncent qu'une décision sera prise pour 19h. Les images reçues d'Ukraine ont un côté irréel, avec des supporteurs qui s'allongent en tribune pour profiter pleinement d'une pluie qui les fuyait depuis de trop longues semaines.
En attendant que le match reprenne, le buffet du carré des invités a le bonheur de servir d'abri alors qu'il se met à goutter sévère sur la capitale. Et au moins, sur place, ils servent de la vraie bière. Quelques minutes à esquisser deux-trois sourires, à commenter les 5 premières minutes de jeu, à envisager de partir si la décision de reprendre ou d'annuler le match n'intervient pas rapidement: il n'en faut pas plus pour que l'animatrice de la soirée vienne annoncer la bonne nouvelle. Le match reprend ! Les Bleus ré-entament la rencontre tambour battant, et leur domination est concrétisée par un but de Jérémy Ménez. Ca hurle dans tous les sens, mais en vain: le Parisien est signalé hors-jeu. "En même temps, il y avait la largeur du périph entre les deux", entend-on à l'attention de ceux qui hurlent au scandale.
"Qu'est-ce qu'ils lui ont fait, à Clichy ?"
Les matches de football ne déçoivent décidément jamais. Chaque téléspectateur retrouve l'âme de technicien qu'il n'a jamais vraiment cessé d'être. Et des capacités d'analyse tout aussi flgurantes: "Dites, je sais pas ce que Manchester City a fait à Gaël Clichy ; c'est peut-être sa nouvelle coupe de cheveux, ça améliore l'aérodynamisme." L'Ukraine a beau ne pas être en grande forme et n'être dangereuse que par instant, ça n'empêche pas le public de crier à chaque fois que ses attaquants osent s'approcher à moins de 30 mètres de notre ligne de but. A l'inverse, n'importe quel centre de l'équipe de France dans la surface est accueilli avec des vociférations d'une intensité sans pareil: "Rwaaaaah", crie-t-on au moment où Ménez manque l'immanquable à deux mètres du but des Jaune et Bleu. Mes tympans s'en souviennent encore.
La mi-temps arrive avec un brin de frustration, la France ayant quand même eu deux-trois occasions plutôt correctes, dont la moitié de l'assistance n'a pas encore compris pourquoi elles n'avaient pas été concrétisées. Bref, passées ces 15 minutes à écouter les conversations sur le schéma tactique énergivore du Président, et que je t'explique pourquoi la position de Samir Nasri est trop reculée pour qu'il puisse avoir une réelle influence sur le jeu, et que je te regrette l'absence de Louis Saha. Bref, rien que de très intéressant et qui laisse entrevoir la reprise du match. Au bout de quelques minutes, l'Ukraine nous gratifie de deux tirs qui ont pour résultat de faire trembler le sol de la tente dans laquelle on se trouve. Heureusement, la délivrance est proche et c'est Jérémy Ménez qui finit par détendre l'atmosphère avec un joli contrôle frappe enchaînée. Enorme clameur, à l'intérieur comme à l'extérieur, même si on trouve encore des grincheux pour dire: "Eh bah c'est pas trop tôt !"
Le temps de prendre deux photos, je déguerpis du carré VIP pour rejoindre les 5000 personnes qui s'entassent sous la pluie. Bien m'en a pris, j'arrive juste à temps pour le 2e but de Cabaye et l'énorme pogo qui s'en suit, comme une déflagration bleu-blanc-rouge, faite de sourires, de drapeaux et de cris. "On va faire peur, là. Je te promets, on va les manger les Espagnols et les Allemands!" Je vois de tout, une supportrice ukrainienne qui retient une ou deux larmes, un fan français qui lui tape gentiment sur l'épaule. C'est tellement plus facile d'être fair-play quand on est victorieux... Le match se poursuit, les Français ne cessant pas leurs attaques face à des Ukrainiens presque apathiques. La foule est compacte, derrière ses Bleus jusqu'au bout, prête à se faire tremper jusqu'à l'os sans broncher. Heureusement, parce que le ciel n'était pas décidé à se refermer de sitôt.
Et, au bout de 90 minutes, soit presque trois heures après le début du match, trois coups de sifflet viennent annoncer que, pour la première fois depuis 6 ans, l'équipe de France de football a remporté un match en compétition officielle. "Zidane et sa bande ont trouvé leurs successeurs, c'est super", commente un père de famille, sa petite juchée sur ses épaules. "Par contre, désolé mais je vais rentrer, là, ça tombe beaucoup trop fort", s'excuse-t-il. Ça tombe bien, moi aussi.

La pluie et tonner voulait gater le match apres plusieurs minutes tous c arrêter le tour efeil etait bomder de monde pour suivre sur ecran geant au trocadero les supporters on eu une belle prestation des Bleues qui o gagner le match 2 0
un bel article