Miles Jacobson, le créateur de la série Football Manager

Interview exclusive. Chronofoot a rencontré Miles Jacobson, le créateur de la série Football Manager. La célèbre simulation de management est devenue la référence aussi bien pour les amateurs de foot que pour les pros. Agents, joueurs et même coachs se servent de FM dans leur boulot. Cristiano Ronaldo a-t-il été recruté par Sir Alex grâce à ça ? Comment sont repérées les futures stars ? Quelle idée farfelue a été un temps abordée pour rendre le jeu plus attrayant ? Autant de questions auxquelles Chronofoot apporte les réponses.

"Beaucoup me disent qu'on a créé le jeu parfait. Je ne crois pas que ce soit tout à fait vrai". Si vous aimez un tant soi peu le ballon rond, vous n'avez pas pu passer à côté du raz-de-marée Football Manager. Cette simulation de management de football créée au début des années 90 est devenue en quelques années une institution. Pourquoi ? Parce que les développeurs du jeu ont découvert avant tout le monde les Messi, Ronaldo et autres Verratti. Portrait du créateur du jeu, Miles Jacobson, alias, le meilleur recruteur de la planète.

Évidemment, quand on rencontre ce quadragénaire au style très casual, on a tout de suite envie de lui demander les secrets de son recrutement presque sans faille. Et la réponse est sciante de sincérité et de simplicité: "Nous utilisons les fans de foot". Comment ne pas y avoir pensé avant ? "J'ai été l'un des premiers recruteurs. Nous avons créé un réseau qui existait bien avant Internet. Nous sommes allés chercher les gens qui participaient aux fanzines puis après auprès des gens qui s'occupaient des sites de fans, etc." 

"J'ai eu des agents qui m'ont appelé pour me remercier" 

Les fans, c'est bien gentil, mais quelle légitimité ont-ils pour parler football ? C'est là que Miles monte dans les tours: "Ça m'agace beaucoup quand j'entends des gens dire qu'il faut avoir été joueur pour pouvoir juger les joueurs. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas joué au plus haut niveau que nous ne pouvons pas dire qui peut devenir aussi bon que les meilleurs joueurs du monde. Beaucoup de gens ont essayé de copier cette méthode. Sans succès"

Forcément quand on a le pouvoir de mettre en lumière tel ou tel joueur, on devient tout de suite plus intéressant, n'est-ce pas messieurs les agents ? "J'ai eu des agents qui m'ont appelé pour me remercier... mais sans le chèque, s'amuse-t-il à raconter. Plus souvent, ce sont des joueurs qui appellent pour se plaindre plutôt que pour remercier. Beaucoup de footballeurs pensent qu'ils sont meilleurs que dans le jeu. Avant cela me touchait un peu, maintenant ça me fait rire."

Mais que les apprentis managers se rassurent, même les plus grands ont cliqué pendant des heures... même les plus grands on vous dit. "Je ne sais pas si Sir Alex joue vraiment, mais je sais que Ole Gunnar Solskjaer joue. Quand il est devenu coach de Molde, un journaliste lui a demandé pourquoi il pensait qu'il pouvait être un bon entraîneur. Il lui a dit: 'J'ai entraîné pendant quelques années l'équipe réserve de Manchester United et… je suis plutôt bon à Football Manager'. Si quelqu'un du monde du foot y joue, c'est que quelque part on doit faire un truc bien".

Football Manager à l'université, c'est possible 

On l'aura compris, Football Manager va bien plus loin que les autres jeux. Il fait d'ailleurs partie d'une certaine culture, qui fait graviter autour du ballon rond tous les aspects de la société moderne. "Nous avons été utilisés pour des cours à l'Université en Angleterre. On se sert de Football Manager pour apprendre les différentes règles de transfert notamment. Cela ne sert à rien d'acheter des livres pour apprendre, tout est dans le jeu. C'est beaucoup plus fun. C'est une référence fantastique". Et le british guy d'ajouter: "En Angleterre, il fait partie intégrante de la culture du foot. Dans beaucoup de pays, les jeux vidéo ne sont pas traités avec autant de sérieux. Nous sommes restés numéros 1 des ventes pendant 20 semaines l'année dernière. Cela doit vouloir dire quelque chose".

Nous arrivons vers la fin de l'entretien quand une question nous brûle les lèvres depuis le début. Avec toutes ces connaissances et cette expérience, n'a-t-il jamais songé à franchir le pas et passer sur un banc... in real life ? La réponse est une fois de plus pleine de bon sens: "Je n'ai pas les diplômes d'entraîneur ! Et puis je ne sais pas si les gens me prendraient vraiment au sérieux. C'est la même chose dans le jeu. Vous pouvez être aussi bon que vous voulez, si vous démarrez en tant que quidam vous aurez beaucoup plus de mal". Toujours un rebond vers le jeu. Un très bon communicant ce Miles finalement !

Des extraterrestres dans le prochain FM ? 

On ne l'a pas coincé sur ce sujet. Mais un autre nous démange également: l'addiction. D'aucuns qui ont déjà lancé une partie du feu Championship Manager, savent à quel point le temps passe vite et c'est très souvent qu'on se retrouve à 3h du matin devant son écran en se disant: "Allez encore un tour de Carling Cup et je vais me coucher". Une fois encore, le papa de FM a une réponse toute préparée: "Il n'y a pas d'addiction. Pour qu'il y ait addiction, il faut qu'il y ait une réaction chimique, explique-t-il en tirant une taff de sa cigarette électronique. Il n'y a rien de tout ça quand on joue à Football Manager. C'est un jeu fascinant. Quand vous êtes addict à quelque chose vous ne pouvez pas vous arrêter. Arrêter de jouer à FM est facile, il vous suffit d'éteindre votre ordinateur"… Ou bien on se marie: "Dans ces cas-là vous avez le mode Classique", s'esclaffe-t-il dans un dernier sourire enjôleur. 

"Beaucoup me disent qu'on a créé le jeu parfait. Je ne crois pas que ce soit tout à fait vrai" se rappelle-t-on. Que pourrait-il faire pour le rendre encore meilleur ? Il semblait avoir trouvé l'idée ultime mais pour des raisons venues d'ailleurs, elle n'a jamais vu le jour: "Nous voulions qu'il soit possible, au bout d'une dizaine d'années de jeu, que des extraterrestres envahissent la planète. Mais bizarrement, personne n'a vraiment accroché à cette idée". On n'est pourtant pas loin d'y croire quand on regarde les performances des Léo Messi et autres Ronaldo...