Franck Ribéry préfère-t-il le Bayern Munich à la France ?

L'information a défrayé la chronique tout le week-end. Franck Ribéry préfèrerait le Bayern Munich à l'équipe de France ? C'est en tout cas ce qu'a déclaré le joueur, avant de revenir sur ses paroles. Mais cette situation n'est-elle pas avant-tout normale ?

Samedi soir, la France affrontait l'Australie en rugby. Après cinq ans d'absence, Yannick Nyanga faisait son grand retour dans l'équipe. Lors de La Marseillaise, le joueur n'a pu retenir ses larmes, submergé par l'émotion. Une situation qui a fortement contrasté avec les déclarations de Franck Ribéry, qui, a quelques heures d'affronter l'Italie avec les Bleus, a dit préférer le Bayern Munich. Harcelé en France pour plusieurs scandales, adulé et protégé en Allemagne, l'attirance du Nordiste pour le pays de la bière semble bel et bien légitime.

Des déclarations rapidement démenties

L'affaire Ribéry a provoqué un barnum médiatique tout au long du week-end. Après la victoire 2-0 face à l'Eintracht Francfort ce samedi, les déclarations du Munichois au micro de Sky ont fait l'effet d'une bombe : "Je suis depuis six ans au Bayern. Ici, c'est toujours bien, je suis heureux et je m'amuse. Pour moi, c'est plus important que l'équipe nationale." Voyant le remue-ménage qui ne tarda pas à arriver, l'international tricolore a tenu à rectifier ses propos, dans un communiqué transmis à l'AFP paru le jour même : "Je ne maîtrise peut-être pas encore assez bien la langue allemande pour dire clairement les choses mais il est évident que contrairement à ce que l'on veut me faire dire, je ne préfère pas le Bayern à l'équipe de France, pas plus que l'inverse. Il est ridicule de comparer et d'opposer les deux."

Son agent, Jean-Pierre Bernès, est allé dans le sens de son protégé dans les colonnes de L'Équipe : "Franck n'a pas voulu dire ça, vous l'imaginez bien [...] Il ne nie pas avoir prononcé cette phrase, mais il ne s'exprime pas très bien en allemand. Il voulait juste dire que le Bayern et l'équipe de France étaient deux choses qui comptaient énormément pour lui." Les déclarations du joueur du Rhin ont même fait réagir le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, interrogé par Stade 2 : "Je n'ai aucun doute sur son attachement à ce maillot. Vous imaginez Franck dire en Allemagne que la sélection est plus importante que son club ? C'est impossible. Le Bayern, c'est son pain quotidien. Ça ne sert à rien de créer un cas, et ce n'est pas sa dernière performance avec l'équipe de France qui va me faire changer d'avis."

Le Bayern Munich, une première maison pour Francky

Malgré plusieurs démentis, l'attachement du Nordiste au pays du bretzel est bel et bien réel. Installé en Bavière depuis 2007, Ribéry est adulé au Bayern Munich. Auteur de prestations reluisantes, il a marqué pas moins de 72 buts en 205 rencontres. Aujourd'hui, il continue d'enchaîner les bonnes performances. Cette saison, il a scoré déjà à 3 reprises en Bundesliga en seulement 7 oppositions. Le public le lui rend bien, puisqu'il est considéré à l'Allianz Arena comme un des tous meilleurs footballeurs de l'équipe. Il est donc tout à fait légitime qu'il s'y sente bien, d'autant que le climat est à l'euphorie, quant on sait que le club de Jupp Heynckes truste le leadership de la Bundesliga avec 10 victoires en 11 rencontres.

Sur un plan un peu plus personnel, l'Allemagne lui a apporté ce que la France ne lui donnera probablement jamais, à savoir des titres. À Munich, il en a gagné pas moins de six, raflant, entre autres, deux Bundesliga et deux Coupes d'Allemagne. Il ne faut pas non plus oublier que c'est le club bavarois qui lui remplit son assiette et le paie son loyer (et plus si affinités).

Au niveau de sa vie privée, le club vainqueur à quatre reprises de la Coupe aux grandes oreilles a toujours été là pour lui, à le protéger. Quand l'affaire Zahia éclate en 2010, il trouve en Allemagne un soutien inespéré, qui l'éloigne de la pression médiatique française. Alors qu'il sera bientôt jugé pour "sollicitation de prostituée mineure", son directeur sportif, Matthias Sammer a tenu à lui réitérer son soutien : "Bien sûr que nous nous occupons de cette affaire. On ne peut pas passer à côté d'un tel sujet. Nous avons une responsabilité vis-à-vis du joueur et nous allons lui signaler que nous sommes à ses côtés et qu'il bénéficie de notre meilleur soutien." Une belle preuve d'amour.

L’Allemagne est également le pays qui a vu la naissance de deux de ses enfant, Shahinez en 2008 et Seïf el Islam en 2011. Que ça soit donc pour ses prestations sur le terrain, ou au niveau de sa vie privée, Franck Ribéry se sent bien en Allemagne, pays qui le lui rend bien. En France, la situation n'est pas tout à fait similaire...

La France, entre amour et désamour

"L'équipe de France, c'est autre chose, sur un tout autre plan. Je n'y ai pas connu que des moments faciles, mais rien ne me réjouit plus que d'y avoir retrouvé toutes mes bonnes sensations et d'y prendre vraiment du plaisir. Entendre de nouveau le public français scander mon nom après les galères que j'ai connues, c'est fabuleux. Alors que ce soit bien clair, j'aime le Bayern et j'aime l'équipe de France et je suis prêt à tout donner pour l'un comme pour l'autre", expliquait Ribéry dans le communiqué fourni à l'AFP. Et c'est vrai qu'en France, son parcours n'a pas toujours été des plus faciles.

En France, le joueur aura connu la gloire comme la honte. Passé par Boulogne, Alès, Brest, Metz et Marseille, Francky a vécu la consécration un certain 27 juin 2006 après avoir inscrit un but crucial face à l'Espagne en huitièmes de finale de la Coupe du Monde. Mais malheureusement, ce qu'on retient du Kaiser en France, ce sont toutes ses frasques, aussi bien sur le terrain que dans sa vie privée. Matraqué de toutes parts par les médias après la révélation de l'affaire Zahia, Ribéry n'a pas pu compter sur son pays natal pour avoir du réconfort. Il faut dire qu'avec ses multiples offenses au maillot Bleu, le désamour du public était assez légitime.

Lors de la Coupe du Monde 2010, il ne descend pas du bus à Knysna et fait grève, comme tous ses coéquipiers. Pour un joueur qui commençait à s'imposer comme un cadre, ça fait tâche. Quelques mois plus tard, juste avant l'Euro 2012, lors du match amical face à l'Uruguay, une minute de silence est organisée sous forme d'applaudissements pour honorer la mémoire de Thierry Roland. Franck n'applaudit pas, et n'enterre pas la hache de guerre avec le présentateur vedette qui n'avait pas toujours été tendre à son égard. Un coup de trop pour le public français, qui continue malgré tout à le porter dans son cœur, sûrement faute de mieux.

Comme il le dit si bien, Franck Ribéry aime ses deux pays, mais n'oublie pas que l'Allemagne ne lui a apporté que des bonnes choses, contrairement à la France. Mercredi soir, il aura l'occasion de redorer un blason bien trop sali auprès du public français. Un but face à l'Italie, l'éternel rival des Bleus, pourrait bien faire vite oublier toutes ses frasques...