Ludovic Giulu

Interview exclusive. Chronofoot a rencontré Ludovic Giuly, l'attaquant de l'AS Monaco. Le finaliste de la Ligue des champions 2004 est largement revenu sur sa saison en Ligue 2 avec le club de la Principauté. Mais il a également abordé le renouveau monégasque qui, sous l'impulsion du milliardaire russe Dmitry Rybolovlev, a comme objectif principal: retrouver l'élite dès la saison prochaine.

Chronofoot: Satisfait de la victoire de mardi contre Istres (3-2) j’imagine ?

Ludovic Giuly: Oui, car comme ça nous sommes certains de ne pas finir relégables. Il reste trois matches, on va essayer de les gagner. Puis on suivra également ce qui se passe en haut du tableau.

Monaco n’a perdu qu’une seule fois depuis fin février. C’est donc presque un miracle d’être à 6 points du podium après avoir été lanterne rouge…
On a travaillé, on a fait le dos rond et on a continué à croire en nous. On a enchaîné les victoires. C’était compliqué de faire pire que de août à décembre avec une victoire seulement. Le groupe a pris conscience de cette mauvaise passe. Il y a eu des arrivées, cela nous a fait du bien. Nos résultats s’en ressentent d’ailleurs aujourd’hui.

Justement, l’ossature de l’équipe a totalement été revue avec la venue de 9 joueurs cet hiver. C’est ça le tournant de votre saison ?
Deux, trois joueurs se sont bien intégrés donc ça nous a fait du bien, c’est sûr. Après, neuf joueurs, c’était peut-être un peu trop. La concurrence au sein de l’équipe a permis à tous de retravailler sérieusement et cela s’est bien vu.

Votre attaquant Ibrahima Touré est d’ailleurs très en verve actuellement !
C’est un joueur qui nous fait du bien. Il fait que de marquer (9 buts cette saison, ndlr), fait les efforts nécessaires pour l’équipe. Il fait partie de l’une des recrues qui nous satisfait le plus. Je pense que l’effectif avait besoin de son apport.


   

"Monaco a besoin de stabilité"


   

Tu as été titulaire à chaque rencontre et auteur de 3 buts cette saison. Comment juges-tu tes prestations ?
Globalement, je suis content de mes performances. J’ai eu une blessure au mollet qui m’a fait du tort fin octobre. Ensuite, ça s’est remis en route petit à petit. On joue bien, mes prestations sont correctes. Je tiens le coup physiquement donc tout va bien. J’ai encore un an de contrat et je compte bien continuer.

Tu es un joueur chevronné, Marco Simone débute lui en tant qu’entraîneur. Quels sont vos rapports ?
Nos relations sont bonnes. Nous avons joué ensemble, il sait qu’il peut compter sur moi en ce qui concerne le groupe, son travail. Cela se passe comme un coach normal. Évidemment, on a plus de dialogues parce qu’on se connaît mieux. S’il y a des choses qui ne vont pas, il vient me les dire directement.

Sa gestion de l’effectif pléthorique (36 joueurs au total) est-elle une clé du renouveau monégasque ?
Il faut s’inscrire dans la continuité. Tout ce qu’il a fait depuis septembre est très bien. L’année prochaine il partira déjà avec la base de son groupe et les joueurs qui le composent. Monaco a besoin de stabilité. C’est pourquoi on va tout faire pour grappiller des places et préparer la saison prochaine, avec la montée en vue au plus vite.

Marco Simone a parlé de "rêver un peu" à trois journées du terme. La montée en première division est-elle encore un objectif réaliste ?
Non, il faudrait qu’on fasse un sans-faute. On a raté le premier coche à Clermont. Notre destin n’est pas entre nos mains. Si on gagne et que les autres équipes en course pour la montée font des matches moyens, oui, là, on aura peut-être une chance. Pour l’instant, l’important est de se concentrer sur notre jeu, rencontre après rencontre. On se rend à Reims lundi avec un haut enjeu sportif et on s’attend à une soirée difficile.

Attendre l’année prochaine serait donc peut-être plus raisonnable pour arriver en Ligue 1 avec sérénité…
Ah non ! Si nous avons l’opportunité de gagner lors des trois dernières journées et que mathématiquement on passe devant le troisième, nous n’allons pas nous en priver. Maintenant, Monaco a une chance. C’est au groupe de la jouer à fond. Si ce n’est pas cette année, ce n’est pas dramatique. Il y aura sans doute des regrets avec ce que l’on a démontré sur la seconde partie de championnat. Cela apportera de l’expérience pour la saison prochaine avec l’obligation de bien commencer dès la première journée.

D’autant que le fond de jeu de votre équipe, qui manque de réelle construction, ne convainc pas. Ton avis là-dessus ?
Je ne suis pas en mesure de juger nos prestations. On effectue nos matches tel que nous l’indique le coach, avec les qualités que l’on a. Peut-être que ce n’est pas le plus beau football de Ligue 2. En première partie de saison, nous avons tenté de jouer au football. Puis les points n’ont pas été au rendez-vous donc on a changé de fusil d’épaule. L’entraîneur a insisté sur nos défauts et ça a fini par payer. Nous sommes ni le Barça ni le Real Madrid. On fait avec les moyens du bord et, à présent, ça fonctionne.

Que penses-tu de l’émergence de la jeune et brillante génération emmenée par Germain, Muratori ou encore Mendy ?
Le club a besoin de ses jeunes. Ce sont des joueurs intelligents qui travaillent et qui font du bien à l’AS Monaco. Leurs réussites prouvent que la formation marche bien ici, que le club est sur la bonne voie.

Quel rôle as-tu dans le vestiaire auprès d’eux ?
Je leur dis simplement de continuer, de rester eux-mêmes, qu’ils comprennent que le football n’est pas qu’un amusement mais bel et bien un métier. A eux de mettre les meilleures chances de leur côté afin d’évoluer au plus haut niveau et d’être toujours constants.

Qu’est-ce que t’inspires la venue du milliardaire russe Dmitry Rybolovlev à la tête du club ?
Une stabilité financière et une viabilité pour l’avenir. C’est une excellente chose pour le club. Il a des projets : essayer de reconstruire l’équipe sereinement et en le faisant correctement. On peut y arriver avec le président, l’actionnaire, si nous allons tous dans le même sens. Ca peut être pas mal pour la suite.

Le rachat des clubs par des magnats de la finance est très en vogue en Europe (PSG, Malaga, Manchester City). Tu n’es pas trop inquiet pour la suite de Monaco avec la mise en vigueur du fair-play financier ?
Pas du tout. Monaco est un cas à part. Le club est focalisé sur la remontée et il ne faut pas oublier qu’on est en phase de reconstruction. Ca se fera avec les personnes compétentes et, surtout, ne pas faire n’importe quoi car tu peux gagner des titres et refaire une équipe.


   

"On doit d'abord cicatriser les plaies"


  

De nombreuses anciennes formations de L1 évoluent désormais en seconde division (Nantes, Le Mans, Troyes). Le niveau s’en ressent-il ?
Forcément, le niveau n’est pas similaire. On n’est pas en première division. Il y a de bons joueurs. Des équipes se connaissent depuis des années, sont très solides et possèdent de l’expérience. Mais c’est un championnat où sept, huit formations ont déjà évolué à l’échelon supérieur donc c’est du costaud. Pour monter, ce n’est pas facile. La saison suivante sera davantage compliquée avec les trois nouvelles équipes qui vont descendre. Ca peut devenir un très bon championnat l’an prochain.

As-tu été impressionné par des équipes cette saison ?
Clermont, c’est pas mal. Ils font un bon parcours. Puis Bastia qui était là depuis le début. Leurs derniers matches notamment sont très intéressants. Mais je regarde pas trop ce qui se passe autour. Ceux qui monteront le méritent, on les a joués et ils ont été bons. Ils sont au-dessus que ce qu’il y a derrière.

Que manque-t-il à l’AS Monaco pour retrouver la lumière, toi qui a notamment connues les belles heures européennes du club ?
D’abord ne pas manquer les rencontres lors de la phase aller. Si on avait juste remporté trois matches à cette époque, on serait assuré. Il faut reconstruire quelque chose de grand car Monaco est un club blessé. On doit d’abord cicatriser les plaies, ce n’est pas tout de suite qu’on y arrivera mais cette année a quand même été un grand pas vers nos objectifs.


   

" La sélection ? Pas de regrets "


   

Tu as joué avec les plus grands (Bierhoff et Trézéguet à Monaco, Ronaldinho et Eto’o au Barça, Totti à la Roma). Comment retrouver la motivation quand on joue à l’échelon inférieur ?
L’amour du club, la passion pour le football. Tout simplement. Du moment que je me lève le matin et que j’arrive à m’entraîner, c’est que je peux continuer. Il faut savoir se remettre en cause et apporter mon aide aux gens qui ont été là dans ma carrière, et c’est ce que je m’adonne à faire. Si je suis dans le vestiaire le matin et que j’ai la santé, il ne peut rien m’arriver. Je suis le plus heureux du monde.

Tu dois d’ailleurs être presque fier d’avoir perdu ta place au profit de Lionel Messi…
Je suis parti la tête haute. J’avais gagné des titres. Je ne suis pas parti pour n’importe quoi ou n’importe qui. J’étais très heureux de jouer à ses côtés. Je l’ai vu éclore et je suis content pour lui parce qu’on s’entendait bien.

Tu comptes 17 sélections avec l’équipe de France, mais n’as jamais rien gagné. Des regrets alors que tu as tout gagné en club ?
Non, vu comment ça s’est passé, je ne peux pas nourrir de regrets. Le sélectionneur (Raymond Domenech à l'époque, ndlr) était à mon sens incompétent donc pas de regrets là-dessus.


La reprise de la sélection par Laurent Blanc t’a-t-elle convaincu ?
On verra à l’Euro. Il a fait du bon boulot. Il sera jugé en fonction de l’Euro et je pense que les joueurs vont bien s’en sortir.

Enfin, un pronostic pour les Bleus à l’Euro 2012 ?
Bien sûr que j’espère qu’ils vont aller le plus loin possible. Ils le méritent. Je suis Français, je supporte mon équipe nationale. A eux de trouver le bon rythme.

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