Mamadou Sakho

Interview exclusive. Mamadou Sakho est le nouveau héros du foot français après son doublé qui a qualifié les Bleus pour la Coupe du monde au Brésil. Cet été, il a quitté le PSG avec surprise. Il explique les raisons de son départ, sa nouvelle vie à Liverpool, nous glisse une confession sur Luis Suarez et parle bien entendu des Bleus. Rencontre avec un homme qui a "beaucoup de valeurs et beaucoup de principes".

Mamadou Sakho était à Paris mercredi pour rencontrer des jeunes joueurs de l'académie Nike The Chance. Parti à Liverpool, mais jamais très loin de la capitale, l'ancien joueur du PSG suit toujours de très près l'actualité de son club formateur. Son départ surprise cet été, on ne l'a jamais vraiment compris mais pour Gentside Sport, il a expliqué les raisons de ce mouvement car pour lui il n'était pas moins fort que les autres joueurs. Il revient également sur son formidable exploit en Bleus et sur sa nouvelle vie liverpuldienne.

Gentside Sport: Depuis ton doublé face à l'Ukraine qui a qualifié les Bleus pour le mondial, tu es un peu considéré comme un héros national...

Mamadou Sakho: Le héros ça a été l'équipe ce soir là. On a tous tiré dans le même sens. Avoir 11 gars déterminés, même 40 avec tout le staff, c'était magique.

Le regard des gens a-t-il changé sur toi depuis ce match ?

Pas spécialement. Je vis en Angleterre et je suis très casanier donc je n'ai pas l'occasion d'être souvent en contact avec la foule.

"Des supporteurs marseillais me disent: "Je suis Marseillais, mais toi je te kiffe !"  

Tu sens que tu es quand même passé de Parisien à Français, dans le sens où tu n'es plus une idole pour simplement les supporteurs du PSG, mais pour tous ceux de l'équipe de France...

Ça oui, un peu (rires). Quand j'arrive à l'aéroport, y'a parfois des supporteurs marseillais qui me disent: "Je suis Marseillais, mais toi je te kiffe !" Ça fait plaisir.

Est-ce qu'on peut dire que c'est le plus beau moment de ta carrière ?

Oui. Pour l'instant oui. Même si en jeunes, j'ai beaucoup de bons souvenirs... (il hésite) Je dirais soit ça, soit le titre de champion avec le PSG... Je le mets au même niveau que le titre de champion, parce que ça faisait aussi beaucoup d'années que je l'attendais. C'était mon rêve de gosse.

Le PSG ? "Ça ne me manque pas du tout"

On te voit souvent à Paris, tu reviens régulièrement. Est-ce que la ville te manque ?

Ici, j'ai toute ma famille. Revenir à Paris, c'est pour moi quelque chose de naturel et en plus je ne suis pas très loin. Quand j'ai des jours de repos, je viens voir ma famille et mes potes. C'est chez moi, j'ai grandi là.

On te voit aussi au Parc des Princes. Est-ce que le PSG te manque un peu ?

Sincèrement non. Ça ne me manque pas du tout. Je suis à 100% à Liverpool. Je suis très heureux là-bas. J'ai eu la chance de pouvoir porter le maillot du Paris Saint-Germain, d'atteindre mes objectifs de 12 ans jusqu'en pro. J'ai eu la chance de faire partie d'une génération qui s'est battue pour le maintien. Ça je ne veux pas que les gens l'oublient, c'était des moments vraiment difficiles. On a aussi réussi à remporter un titre que les supporteurs attendaient depuis de longues années. Je poursuis tout simplement mon petit bonhomme de chemin avec fierté. Je vis mon aventure anglaise pleinement.

"Je ne me suis jamais senti inférieur à qui que ce soit"

On ne t'imaginait pas quitter le PSG un jour. Encore moins avec l'arrivée d'un coach comme Laurent Blanc, que tu connais bien et qui t'a lancé en équipe de France. Avais-tu plus d'espoir quand il est arrivé ?

Non, pas spécialement. Il y a des choses que je préfère garder pour moi dans le football, des choses qui se passent... C'est comme ça, c'est la vie. J'ai juste fais un choix de carrière et j'avance tranquillement.

Laurent Blanc t'avait dit qu'il avait une hiérarchie ?

Non. On s'est dit des choses avec certains dirigeants du Paris Saint-Germain qui resteront entre nous. J'ai pris ma décision et je l'assume.

Tu ne te sentais pas moins forts qu'Alex ou Marquinhos ?

Non, jamais. C'est pour ça qu'une fois on m'a dit: "Tu es numéro 3". J'ai répondu: "Oui, le 3, c'est mon numéro de maillot". Mais je ne suis pas numéro 3 dans la hiérarchie. Je suis, enfin j'étais, un défenseur du Paris Saint-Germain. Franchement, je ne me suis jamais senti inférieur à qui que ce soit.

Voir le PSG aussi fort, es-tu impressionné ?

C'est normal qu'ils soient plus forts. Tous les joueurs sont arrivés en même temps, donc un an plus tard, bien évidemment que les automatismes se créent plus facilement.

Plus fort que Liverpool ?

(Rires) Pour ça, il faudrait faire un match ! Mais Liverpool a une super et jeune équipe.

"Luis Suarez, c'est de la même catégorie que Zlatan Ibrahimovic"

Il y a un de tes coéquipiers qui marche sur l'eau en ce moment, c'est Luis Suarez. On dit beaucoup de choses sur lui, plus ou moins sympas. Toi qui le côtoie au quotidien, parle-nous un peu de lui...

Luis Suarez, c'est de la même catégorie que Zlatan Ibrahimovic. Il fait partie des 5 meilleurs attaquants du monde aujourd'hui. Ils ont des qualités différentes mais pour moi ce sont deux machines. Luis Suarez, c'est quelqu'un de cool en plus. Dans le vestiaire, il est très chambreur. Il essaie même de parler français parfois avec son accent (rires). C'est un gars bien, contrairement à l'image qu'il a. Je le pensais aussi quand je suis arrivé, mais j'ai vite compris que c'était quelqu'un qui était prêt à tout pour gagner, mais c'est quelqu'un de bien.

Tu as quitté Paris, ville très populaire, pour Liverpool, également populaire avec son bastion industriel. Le public d'Anfield a dû te rappeler celui du Parc, voire même plus...

Ça me change de Paris ! Les gens à Liverpool sont super sympas. Et puis ce stade mythique... Je suis quelqu'un avec beaucoup de valeurs et beaucoup de principes, donc arriver dans un club aussi familial, pour moi c'est quelque chose de beau. Et bien évidemment quand les supporteurs chantent cet hymne (You'll never walk alone, ndlr), ça me donne la chair de poule.

Tu te vois rester très longtemps là-bas et devenir une icône, comme tu as pu l'être pour le PSG ?

Pour le moment, je suis très bien à Liverpool. J'ai signé 4 ans. Je vais essayer d'écrire ma page à Liverpool. J'espère que dans les années à venir, on va remporter des titres pour laisser une trace. Les difficultés pour s'adapter sont normales. Je change de coéquipiers, je change de langue, tout est un peu plus délicat. Mais tout a été logique. On a un groupe avec 4 défenseurs centraux internationaux, ça tourne. Chacun à son temps de jeu. Parfois ne pas jouer ne veut pas forcément dire ne pas s'imposer. Tant qu'il y a une concurrence saine (avec un large sourire).

"Je n'aurai jamais la prétention de dire que j'irai à la Coupe du monde"

A un an d'un Mondial, on dit que c'est risqué de changer de club. Mais peux-tu imaginer ne pas faire partie des 23 alors que c'est toi qui a qualifié les Bleus ?

(Rires) Pas du tout. Il y a une quarantaine de joueurs qui peuvent faire partie de cette liste. Il faut essayer de donner le meilleur de soi-même les 6 prochains mois pour espérer en faire partie. Mais je n'aurai jamais la prétention de dire que je ferai partie de cette liste, jamais !

Penses-tu qu'il ait des meilleurs défenseurs français que toi ?

Non. Tout le monde a ses qualités, on joue tous dans des très bons clubs. J'essaie de donner le maximum quand je suis sur le terrain, comme le font les autres.

Tu as un partenaire favori pour jouer en charnière avec toi ?

Quand on m'aligne, j'essaie de m'adapter à mon partenaire. Que ce soit Varane, Koscielny, Rami ou Abidal, peu importe. Je n'ai pas de préférence.