Jérémy Chardy affrontera Andy Murray en quart de finale de l'Open d'Australie 2013

Deux tennismen français disputeront les quarts de finale de l'Open d'Australie, premier tournoi du Grand Chelem de la saison. Si Jo-Wilfried Tsonga, tombeur de Richard Gasquet en huitième, ne fait que respecter son rang, personne n'attendait à ce stade Jérémy Chardy, tombeur de l'Italien Seppi dans la nuit de dimanche à lundi. A 25 ans, le talentueux Palois vient peut-être de passer un cap.

Comme en 2001 (Grosjean et Clément), en 2006 (Grosjean et Santoro) et en 2009 (Tsonga et Simon), il y aura deux Français en quarts de finale de l'Open d'Australie 2013. Mais si la présence en deuxième semaine de Jo-Wilfried Tsonga, tête de série n°7, était attendue, celle de Jérémy Chardy, 36e joueur mondial qui n'avait gagné aucun match cette année avant le début du tournoi, constitue une grosse surprise, la seule du tableau masculin.

"C'est incroyable d'être là"  

Après l'Argentin Juan Martin Del Potro, n°7 mondial, qui faisait partie des principaux outsiders du tournoi, Chardy (25 ans) s'est offert une autre tête de série dans la nuit de dimanche à lundi, en la personne de l'Italien Andreas Seppi (23e au classement ATP), vaincu en quatre sets (5-7, 6-3, 6-2, 6-2). "Ça s'est joué dans la tête, a commenté le Français après le match sur le site de la FFT. J'ai tout donné car c'était pour aller en quarts... C'est incroyable d'être là. Je vais savourer mais je n'ai pas envie de m'arrêter." 

Ce premier quart de finale en Grand Chelem pourrait bien ouvrir de nouvelles perspectives dans la carrière du Français, jusque là marquée du sceau de l'inconstance. Car la puissance du service et la qualité de la frappe de ce passionné de cinéma, qui rêve de devenir acteur après sa carrière de joueur, sont connues depuis longtemps.

Vainqueur de Wimbledon chez les juniors en 2005, Chardy s'était révélé aux yeux du grand public trois ans plus tard à Roland-Garros, atteignant les huitièmes de finale, avec au passage une victoire sur David Nalbandian. La suite de sa carrière fut cependant un peu plus compliquée.

Une certain fragilité psychologique 

Dans un sport où le facteur confiance est ultra déterminant, le Palois a longtemps été pénalisé par une certaine fragilité psychologique. Les vertus de combattant de ce supporter du PSG ne sont pas en cause, le problème se situerait plutôt dans un manque de confiance en ses propres moyens. Pendant de nombreuses années, Chardy a ainsi promené l'image d'un garçon poli et respectueux, très (trop ?) sensible, dans l'équilibre duquel son entourage (famille et amis) joue un rôle crucial.

Sa progression a parfois été freinée par des soucis extrasportifs pris trop à coeur. Le gros passage à vide de sa carrière, entre fin 2010 et fin 2011, est d'ailleurs à mettre en relation avec sa séparation houleuse d'avec l'entraîneur de ses débuts, Frédéric Fontang. Ce dernier avait attaqué le joueur en justice pour "rupture abusive de contrat".

Début 2011, Chardy, moralement dévasté, restait sur six défaites d'affilée au premier tour, lorsqu'il fut appelé par Guy Forget, le capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, confronté à une cascade de forfaits pour le déplacement périlleux en Autriche. Là-bas, Chardy, bombardé titulaire, qualifia la France en remportant, dans une ambiance hostile, ses deux simples.

Le nouveau Chardy 

Ainsi va Chardy, aussi talentueux qu'imprévisible, capable de dominer n'importe qui dans le jeu mais aussi de sortir totalement d'un match en un instant... Ainsi allait Chardy pourrait-on rectifier, car, sur le plan du mental comme sur celui du jeu, cet Open d'Australie 2013 ressemble vraiment à un nouveau départ dans la carrière du Palois.

"Contre Del Potro, j'ai joué solide du début à la fin, sans baisse de régime, témoignait-il dans L'Equipe après sa victoire sur l'Argentin. Pour une des premières fois, j'ai été capable de bien jouer pendant cinq sets. C'est très positif pour ma tête et pour mon jeu. Aujourd'hui, je suis plus à ma place. Quand je joue comme ça, j'ai confiance en moi. Je sais que je peux battre les meilleurs." "Je suis super fier de lui parce qu'il y a cru jusqu'au bout, renchérissait son entraîneur, Kerei Abakar. Il a fait preuve d'une grosse force mentale, ce qui lui faisait un peu défaut."

Cette toute nouvelle sérénité, "Jim", son surnom, l'a acquise au prix d'une préparation particulièrement éprouvante. "Je ne m'étais jamais autant entraîné, confirme-t-il dans L'EquipeJe sens vraiment la différence, surtout physiquement." Sous l'égide d'un jeune coach, Abakar donc, au sein de l'académie dirigée par Patrick Mouratoglou, Chardy s'est épanoui dans tous les domaines. "Il a pris confiance en lui sur le plan humain, en ses qualités de joueur aussi, explique Mouratoglou, par ailleurs entraîneur de Serena Williams, sur le site d'Eurosport. Il a fait des progrès techniques. Il arrive à maturité sur le plan humain et sur le plan physique. La conjugaison de ces facteurs fait le Jérémy Chardy d'aujourd'hui."

L'avenir lui appartient 

Un Jérémy Chardy nouveau, dont les limites sont difficiles à cerner. "Les gens pensent que Jérémy surjoue parfois parce qu'il a une gifle monumentale en coup droit, mais c'est son jeu, note encore Patrick Mouratoglou dans L’Équipe. C'est juste qu'il a une prise de risque très importante. Et tant mieux, parce que contre des joueurs qui aiment faire des rallyes du fond, finalement, les empêcher d'en faire, c'est une bonne chose. Il sait aujourd'hui pourquoi il est là, et il sait pourquoi il gagne."

Dans un tennis français qui cherche sa relève, Chardy, plus jeune que les quatre mousquetaires Monfils, Tsonga, Simon et Gasquet, pourrait bien incarner l'avenir. A 25 ans, il va en tout cas atteindre le meilleur classement de sa carrière après l'Open d'Australie. Assuré d'être au moins 25e mondial (et n°4 français) lundi prochain, il pourrait même intégrer le top 20, en cas de victoire en quart de finale sur Andy Murray, facile vainqueur de Gilles Simon ce lundi matin (6-3, 6-1, 6-3). A priori, la marche paraît beaucoup trop haute face au Britannique, numéro 3 mondial et récent vainqueur à l'US Open, qui mène 4-1 dans leurs face-à-face. Mais Chardy a remporté, en deux sets, son dernier match face à Murray, l'an passé au Masters 1000 de Cincinnati. Après tout, personne n'imaginait non plus qu'il était capable de battre Del Potro au troisième tour...