Patrice Carteron

A la tête des plus grandes nations du football africaines, ou des plus obscures, les entraîneurs français partis diriger une sélection africaine sont légions. Le dernier exemple en date se nomme Philippe Carteron qui a récemment pris les commandes de la sélection malienne. Alors, l'ex entraîneur du Dijon FCO a-t-il fait le bon choix ? Petite revue d'effectif de ces entraîneurs qui ont traversé la Méditerranée, à tort ou à raison, pour tenter d'apporter une réponse ...

Inconnus notoires, ils sont partis se faire un nom

Véritable globe-trotter des sélections africaines, le nom de Philippe Troussier n'évoque pas forcément grand chose aux amateurs du foot français. En effet, cet ancien joueur du Stade de Reims et du FC Rouen n'est jamais réellement parvenu à faire son trou en tant qu'entraîneur dans l'hexagone. Après deux années sur le banc du Red Star (1987-89), Philippe Troussier part tenter l'aventure africaine en club, tout d'abord, chez les ivoiriens de l'ASEC Mimosa à Abidjan, avec lesquels il reste invaincu pendant 105 rencontres d'affilée. Grâce aux trois années qu'il passe à la tête du club, il se fait rapidement un nom en Côte d'Ivoire, dont il devient le sélectionneur en 1992 pour un an. Par la suite, Philippe Troussier continue son voyage, tels les missionnaires de l'époque coloniale, et entraîne le Nigéria, le Burkina Faso et l'Afrique du Sud, avec lesquels il réussira l'exploit de se qualifier pour la Coupe du Monde 1998, où il retrouvera la France en poule (3 - 0). Grâce à ces faits d'armes, Philippe Troussier se forgera une certaine notoriété en France, jusqu'à se voir proposer une place d'entraîneur de l'OM en 2004. Malheureusement pour lui, son année passée sur la Canebière est mitigée, ne qualifiant le club phocéen "que" pour feu la coupe intertoto. Finalement, il n'aura jamais réussi à s'imposer dans son pays natal ...

L'exil africain fut par contre une stratégie bien plus payante pour Claude Le Roy. Joueur qui n'aura pas marqué les années 1970, il débute son autre carrière en tant qu'entraîneur-joueur à Amiens. À partir de 1981, il range définitivement les crampons pour se consacrer à l'entraînement jusqu'en 1983 mais ne réussira pas à faire monter le club en D2. Il signe ensuite à Grenoble qui a pour objectif la montée en D1 mais ses deux saisons dans l'Isère sont de cuisants échecs, ne parvenant à sortir son club du ventre mou de D2. Licencié par ses dirigeants, il est alors l'un des premiers à tenter le pari africain, un pari couronné de succès... En 1985, Claude Le Roy dépose ses valises au Cameroun, alors champion d'Afrique en titre. Aidé par une génération dorée, et sa superstar Roger Milla, Le Roy sera à la tête des Lions indomptables pendant plus de trois ans, durant lesquels il ajoute au palmarès du pays une finale de CAN (1986) et une autre remportée (1988). Claude Le Roy s'en va ainsi continuer son aventure au Sénégal (1989 - 1992), auquel il permet de connaître ses meilleures performances de son histoire en Coupe d'Afrique des Nations. Fort de ces succès, Claude Le Roy s'est fait un nom sur le Vieux Continent : il est sollicité pas le Milan AC en 1996, excusez du peu. Débarqué un an après son arrivée en Lombardie, il prend ensuite les rennes du PSG de la grande époque, de 1997 à 1999.

Pour avoir été son adjoint à la tête des Black Stars du Ghana en 2007/08, Hervé Renard connaît bien Claude Le Roy. Et l'ancien joueur de l'AS Cannes est en train de suivre son exemple. Avant de partir en Afrique rejoindre Le Roy en 2007, Hervé Renard n'a connu que la Nationale et l'AS Cherbourg pour aguerrir ses talents d'entraîneur. Pas besoin de vous préciser qu'il est donc un total inconnu quand il s'envole pour le Ghana. Convaincant aux côtés de Le Roy, il est nommé le 7 mai 2008 à la tête de l'équipe de Zambie avec laquelle il réussit l'exploit d'atteindre les quarts de finale de la CAN 2010, une première depuis quatorze ans. Mais le réel exploit se fera deux ans plus tard, puisqu'il permet en 2012 à la Zambie, emmenée par un excellent Emmanuel Mayuka, de gagner la toute première CAN de son histoire face à la Côte d'Ivoire. A 43 ans, grâce à son expérience sur le continent noir, Hervé Renard a pleinement lancé sa carrière d'entraîneur ...

En perte de vitesse en Europe, ils sont partis se relancer

Ancien entraîneur de l'Olympique Lyonnais et du Paris Saint-Germain, Paul Le Guen est actuellement sélectionneur l'équipe nationale du sultanat d'Oman. Comment en est-il arrivé là ? En 2009, après une saison pourtant correcte avec le club de la capitale, Paul Le Guen doit quitter le club après des conflits internes avec la direction du club vis-à-vis de la gestion du groupe. En juillet 2009, il signe donc un contrat de six mois comme sélectionneur de l'Équipe nationale du Cameroun, qu'il doit qualifier pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud, alors même que les Lions sont derniers de leur poule au moment de sa prise de fonction avec 1 point en 2 matches joués. Mais le Cameroun remporte sa double confrontation contre le Gabon puis bat le Togo pour prendre la tête du groupe à l'issue de l'avant-dernière journée des qualifications. La victoire contre le Maroc place le Cameroun en tête de son groupe et le qualifie pour le Mondial 2010. Néanmoins, avec trois défaites en trois matchs, l'équipe est éliminée du Mondial par la plus petite des portes. Son contrat terminé, Paul Le Guen quitte son poste en n'ayant pas assez convaincu pour se voir proposer de nouvelles aventures dans un club européen. En juin 2011, Le Guen s'engage donc pour deux ans auprès de la Fédération du sultanat d'Oman, pour ce qui ressemble fortement à une pré-retraite dorée pour ce triple vainqueur du Championnat de France avec l'OL ...

Autre entraîneur connu de tous les Français, Roger Lemerre est passé par tous les stades : la gloire en 2000, lorsqu'il ramène dans l'hexagone le deuxième Euro de l'histoire de l'Equipe de France ; la disgrâce en 2002, lorsqu'il revient bredouille et humilié de la Coupe du Monde au Japon/Corée. Suite à ce cuisant échec, il est démis de ses fonctions, et décide donc de tenter l'aventure africaine. Il prend alors les commandes de la sélection tunisienne, qu'il mène à la victoire pendant la CAN de 2004 et à la qualification pour la Coupe du Monde 2006. Malgré ces succès, Roger Lemerre revit le scénario qu'il a connu à la tête des Bleus : en prolongeant son contrat jusqu'en 2008 avec la Fédération tunisienne, il fait les deux années de trop avec les Aigles de Carthage. Pourtant, déjà après l'élimination de la sélection tunisienne à la Coupe du Monde des voix s'étaient élevées, demandant sa démission. Pour rebondir, Roger Lemerre s'engage avec la sélection du Maroc, sans plus de succès, puisqu'il est démis de ses fonctions au bout d'un an pour insuffisance de résultat... Ensuite, les choses se corsent pour le champion d'Europe 2000, puisqu'il fait un bref passage à Ankaragücu en Turquie, avant de s'engager cet été avec le CS Constantine en Algérie. Aujourd'hui, Roger Lemerre ne semble pas près de retrouver la grandeur et la notoriété qui étaient siennes à la fin des années 90 ...

Star du football français, en tant que joueur tout d'abord, Alain Giresse est plus qu'un nom pour les amateurs du ballon rond : c'est une image, une époque. Ses 47 sélections sous le maillot tricolore sont là pour le confirmer. Après sa carrière de footballeur, Alain Giresse décide de devenir entraîneur, en espérant y retrouver les sensations qu'il a connues sur le terrain. Il fait ses débuts en 1995 sur le banc du Toulouse FC où il reste deux ans et demi avant de rejoindre le club de la capitale le Paris SG en 1998. Choix numéro un de Charles Biétry, il est pourtant démis de ses fonctions trois mois seulement après son arrivée alors que l'équipe est huitième du championnat... Du coup, "Gigi" prend la direction du Maroc et devient l'entraîneur du FAR Rabat, mais n'y remporte aucun trophée. Il se retrouve alors sans club en 2003, et n'a d'autre choix que de se tourner vers les sélections nationales : en mars 2006, il prend en main la sélection du Gabon. En février 2010, il n'est pas reconduit dans ses fonctions, malgré de bons résultats : le Gabon est passé de la 125e place à la 40e du classement FIFA. Alain Giresse décide donc de rebondir au Mali, qu'il quitte en 2012 pour laisser sa place à ... Patrice Carteron.

En définitive, s'exiler en Afrique est une stratégie parfois payante, souvent risquée. Empiriquement, il semble plus intelligent, même, d'y aller pour s'y faire un nom que pour relancer une carrière sur le déclin ...