Zahir Belounis

"J'ai envie de me tuer, je ne peux plus continuer". Ces quelques mots, tout juste prononcés, ont sonné comme un déclic. Ils ont été dits mardi soir par Zahir Belounis à un journaliste de CNN. Pourquoi ? Tout simplement parce que depuis plus de deux ans, ce jeune footballeur est piégé au Qatar, sans possibilité de quitter le pays. Sans ressource depuis 28 mois, il a toutes les peines du monde à faire vivre sa femme et ses deux petites filles. Il ne rêve que d'une chose: revenir en France. Pour cela, il fait appelle à tout le monde. Zidane, Guardiola, la FIFA et même François Hollande, le président de la République française...

Incroyable histoire que celle de Zahir Belounis. A 33 ans, l'âge du Christ, c'est un véritable chemin de croix que mène ce père de famille. Arrivé au Qatar en 2007 dans le club de deuxième division d'Al-Jaish, cet expatrié français vit aujourd'hui un véritable enfer. Il n'est plus payé depuis plus de deux ans et n'a aucun moyen de se défendre... ni de quitter le pays.

"Il ne me reste qu'un matelas dans une maison vide"

"J'ai tout vendu. Il ne me reste qu'un matelas avec ma femme dans une maison vide. Mes filles (3 ans et 1 an) ne comprennent pas ce qu'il se passe. J'ai envie de me tuer, je ne peux plus continuer", a indiqué mardi soir à CNN Zahir Belounis. Contacté par la rédaction de Gentside Sport, il nous a raconté comment il en était arrivé là.

En arrivant au Qatar en 2007 en provenance de Suisse, il ne pensait pas qu'il ferait du petit état du Moyen-Orient sa nouvelle prison. Après 3 saisons réussies, il veut aller voir ailleurs, mais son club le convainc de rester une saison de plus. Il accepte difficilement puis les choses se gâtent. Le club de Military Sport Association est racheté, change de nom pour Al Jaish et son contrat qui dure jusqu'en 2015 n'est plus reconnu par les nouveaux propriétaires. C'est le début du calvaire pour Zahir et sa famille. "Je ne comprenais pas trop ce qu'il se passait mais je pensais que mes salaires allaient continuer à être versés", raconte-t-il. Après un prêt d'une saison en deuxième division, les choses ne changent pas. Du coup, en février 2013, après 18 mois de non-paiement, il décide de porter plainte contre son club. Depuis il vit un "véritable calvaire".

Otage au pays des pétrodollars 

Car en plus de ne pas avoir de ressources, Zahir et sa famille sont condamnés à rester au Qatar. "Au Qatar, pour qu'un travailleur étranger puisse quitter le pays, il doit recevoir un "exit visa" de son employeur. Ce système appelé kafala rend les salariés dépendant de leurs employeurs", explique très clairement RTL.

"C'est un cauchemar. J'ai demandé à avoir mon "exit visa" et puis on m'a dit que ce n'était pas possible. C'est insoutenable pour ma femme et pour mes filles. Je vois bien que ça traîne. J'ai trop de respect pour les otages, mais je me sens comme tel", dit-il tout en comprenant qu'il existe un monde entre sa situation et celles des otages de guerre.

"J'en appelle à François Hollande pour qu'il mette fin à ce cauchemar"

Zahir essaye de s'en sortir tant bien que mal mais les procédures sont longues. "L'ambassade française est très active, elle bouge, mais je leur dit que ce n'est pas assez. Je n'en peux plus. C'est un désastre humanitaire. Je n'ai plus de force pour aller m'entraîner. Je suis au plus bas", détaille-t-il.

C'est pourquoi il se pose en porte-parole pour tous ceux qui sont dans la même situation que lui et n'hésite pas à faire appel aux plus grandes instances: "J'ai rencontré François Hollande le 23 juin. Il m'a dit de lui laisser du temps, et de faire confiance à la diplomatie. J'en appelle au Président de la République et à l'Emir pour qu'ils mettent fin à ce cauchemar. Tout le monde est abattu. On ne comprend pas ce que fait la France".

Jeudi, le quotidien britannique The Guardian a publié une lettre ouverte de Zahir dans laquelle il demande de l'aide à Zinedine Zidane et Pep Guardiola, deux ambassadeurs du Qatar lors de sa candidature pour l'attribution du Mondial 2022. "Monsieur Zidane, monsieur Guardiola, mon nom est Zahir Belounis et je suis un football professionnel français", démarre-t-il avant d'enchaîner : "Je sais que vous êtes très démandés mais je vous supplie de m'aider (...) Je vous demande d'utiliser votre influence en tant qu'ambassadeurs du football pour parler de ce qu'il m'arrive et qui arrive à beaucoup d'autres jeunes hommes ici au Qatar".

Que fait la FIFA ?  

La FIFA reste pour le moment très silencieuse à ce sujet. "Quand il y a une action en cours dans un pays, on ne peut pas saisir la FIFA", précise le principal intéressé. Une lettre de la FIFPro (syndicat international des joueurs) a été adressée ce mercredi à Sepp Blatter, le président de la FIFA, lui demandant "une intervention urgente" pour libérer Zahir Belounis.

En attendant, Zahir Belounis continue de souffrir, mais il le fait de moins en moins en silence. Sa voix commence à se faire entendre, et son combat pourrait prendre une toute autre direction dans les semaines à venir...