L'After Foot

Tous les soirs, l'équipe de l'After Foot sévit sur les ondes de RMC et les auditeurs répondent présents. Ils adhèrent ou enragent, mais ils écoutent. Le rendez-vous est devenu incontournable. Comment expliquer ce succès ?

Chronofoot a enquêté sur l'After. Lire le dossier complet sur l'émission avec des interviews de Daniel Riolo, Gilbert Brisbois, Eugène Saccomano et un reportage photo.

Une émission de football en radio comme en télé est la plupart du temps organisée de la même façon. Un journaliste aux allures de speakerine qui donne la parole à des consultants, seuls autorisés à délivrer la bonne parole sur le ballon rond. Ce sont souvent des entraîneurs qui cherchent un nouveau club. On peut également retrouver des joueurs à la retraite qui profitent du micro pour gagner de l'argent et régler quelques comptes. Globalement, quand on discute football dans les médias, il n'y a pas vraiment de quoi s'extasier.  

L'After, le masque et la plume du football?

Face à ce constat, RMC a tenté un pari il y a de cela 4 ans. Parler des matches à chaud, juste après le coup de sifflet final. Ils ont embauché un éditorialiste (Daniel Riolo) qui n'a pas peur de l'ouvrir quitte à devenir caricatural. L'émission s'appuie enfin sur l'interactivité avec les fans de football. Car comme le dit l'adage dans les écoles de journalisme: "Il ne faut pas prendre les lecteurs ou auditeurs pour des cons". Comme nous le confie François Pesenti, le directeur de RMC Sport, l'arrivée de l'After a "comblé un vide". On critique bien le cinéma, pourquoi ne pas critiquer le football. On demande l'avis des téléspectateurs qui sortent des salles obscures, pourquoi on ne prendrait pas au téléphone, les mecs qui sortent tout juste des tribunes. 

En ce sens, l'After est la première émission de critique du football. On n'hésite pas à évoquer les "tout droit", ces joueurs qui ne savent que courir. On rigole de la langue de bois d'untel et du match raté d'un autre. On ne note pas, mais on évalue et surtout on juge. Ce que jamais un diffuseur télé ou une radio généraliste n'a osé faire (hormis la bonne émission Langues de Sport qui était diffusée sur Europe 1 Sport en 2008, mais qui n'est restée à l'antenne que quelques mois, ndlr). Dans l'After, on ne critique pas seulement les peintres et les pieds carrés, on évoque aussi les véritables maux du football: la corruption, le dopage. L'After invite souvent les auteurs de bouquins liés au ballon rond et les journalistes de l'émission prennent le temps de questionner, de réfléchir. A tel point que Chérif Ghemmour, journaliste de So Foot, participe de temps en temps à l'émission. Si même le magazine "bobo vieiri" du football cautionne, alors n'en jetez plus, l'After est la meilleure émission de football.  

Merci Raymond!  

Pourtant, le programme de RMC a bien des défauts. L'auditeur sert parfois de faire-valoir aux journalistes qui, il faut l'admettre, en connaissent un rayon. L'émission peut devenir cacophonique et il arrive que certains débats atteignent rapidement le point godwin. Forcément, un programme de ce genre ne laisse pas insensible. Comme nous l'explique son animateur, Gilbert Brisbois: "Soit on nous trouve cons, soit on nous adore". L'un des éléments qui fâche certains auditeurs: l'émission a gardé l'ADN de RMC, et son côté populaire. D'autres expliquent que l'After va trop loin, a des avis trop tranchés. Pour répondre à cet écueil, Courbis et Larqué interviennent de temps à autres, surtout après les grands matches, parce qu'ils apportent une caution. Preuve qu'il est encore un peu tôt pour donner totalement la parole aux journalistes et aux supporteurs.  

Quoi qu'il en soit, après 4 ans d'existence, l'After règne sur la concurrence. Un succès dû en partie au carton de RMC et de son positionnement news-sport depuis le rachat de l'antenne par Alain Weil en 2000. Et puis, l'After peut aussi dire Merci Raymond. Depuis 2008, RMC a allumé l'ancien sélectionneur des Bleus. Alors que plusieurs médias marqués par "L'affaire Jacquet-L'Équipe" n'osaient pas attaquer violemment Raymond Domenech, l'émission de RMC a flingué, grâce aux coups de gueules de Larqué, Riolo, Courbis. 

L'After, c'est Doc et Difool

Au final, seul Difool (Skyrock) dépasse en audience Gilbert Brisbois et Daniel Riolo les soirs de 22 heures à minuit. Et ce n'est pas un hasard, le programme est bon, indépendant, pointu. Et il attire les jeunes qui n'en peuvent plus des retransmissions aseptisées de Canal Plus ou du côté vieillot des émissions de RTL. Il y a 15 ans, les ados se passionnaient pour leurs histoires de sexe et de cœur. Il y a 15 ans, les jeunes attendaient une blague de Doc et Difool sur la masturbation. Maintenant ils veulent savoir ce que Riolo et Brisbois vont bien pouvoir dire sur le dernier match de Benzema. Les temps changent.

Chronofoot a enquêté sur l'After. Lire le dossier complet sur l'émission avec des interviews de Daniel Riolo, Gilbert Brisbois, Eugène Saccomano et un reportage photo.