Lors des matchs du XV de France parlementaire, la fraternité domine

Une loi européenne peut-elle naître grâce à un drop entre les poteaux ? Le déclenchement de négociations concernant un futur contrat peut-il se décider en pleine mêlée ? A l'inverse, un plaquage cathédrale peut-il rompre des relations ? Depuis presque 40 ans, des parlementaires français passionnés de rugby s'échinent à transformer l'essai contre les différents parlements du monde pour solidifier les relations diplomatiques. Portrait du XV parlementaire. 

En marge du dernier match du Tournoi des 6 nations opposant la France à l'Ecosse, les deux parlements de ces pays disputent "leur tournoi." Quand les valeurs du rugby sont mises au service de la diplomatie. 

"Le véritable Crunch c'est le nôtre !"

"C'est une histoire d'amitié entre hommes et une histoire d'amour par rapport à un sport. Nous sommes tous députés mais nous sommes tous passionnés de rugby, explique le président du XV parlementaire et député du Tarn, Philippe Folliot à la rédaction de Gentside Sport. Une histoire qui démarre en 1976 avec la constitution d'une équipe qui réunit des parlementaires, des sénateurs et des fonctionnaires de l'Etat : "Le XV parlementaire est le sport qui marche à l'Assemblée, il n'y a pas d'équipe de football. On a réussi à créer une forme d'osmose entre les parlementaires pour créer un véritable groupe." 

Un groupe qui se tourne rapidement vers l'international avec une rencontre annuelle contre le parlement anglais depuis 1990, calquée sur celle du Tournoi des 6 Nations : "Le véritable Crunch, c'est le nôtre !" s'exclame Philippe Folliot. Un enthousiasme partagé par le sénateur UDI du Gers, Aymeri de Montesquiou : "Il y a une vraie rivalité sur le terrain avec le XV anglais. C'est l'équipe à battre."

L'ancien deuxième ligne international, Lucien Mias se plaisait à dire que "le rugby c'est le seul sport où l'on se rencontre, alors qu'ailleurs on se croise." Un adage qui correspond bien à l'objectif du XV parlementaire comme le confirme le sénateur Aymeri De Montesquiou : "La diplomatie crée des échanges, le fait qu'il y ait des Parlements, des gens qui partagent la même passion permet de renforcer les relations." Esprit de convivialité, camaraderie, sens de l'équipe et de la fête et échanges internationaux, voilà les ingrédients du XV parlementaire.  

Une diplomatie au service des partenaires 

Dans sa logique diplomatique, le XV de France parlementaire est également à l'origine de la création de la Coupe du monde de rugby des Parlements. Calquée sur le calendrier international, la première édition se déroule en 1995 en Afrique du Sud sous les yeux de Nelson Mandela. Mais que les citoyens se rassurent, l'argent public n'est pas vilipendé pour les déplacements de l'équipe à l'étranger, comme le confirme Philippe Folliot : "Il n'y a pas un centime d'argent public dans le XV parlementaire. Il y a les frais que paient chacun des députés et nous avons un certain nombre de partenaires avec lesquels nous passons des conventions comme toute association classique."  

Cependant, nos rugbymen restent des hommes politiques avant tout. "Il n'y a pas de diplomatie parallèle au rugby mais par contre, quand on peut faire passer des messages..." éclaire Philippe Folliot. Les parlementaires profitent de ces rencontres sportives pour mettre en valeur leurs entreprises partenaires qui accompagnent généralement l'équipe. Le rugby peut être à l'origine d'ébauches d'accord entre pays, comme le confirme Aymeri de Montesqiou: "Il peut y avoir de petites promesses à l'issue des rencontres." 

On n'a pas le même parti mais on a la même passion 

Jérôme Cahuzac (PS) qui fait une passe à Bernard Acoyer (UMP), vous en rêviez ? Le XV parlementaire le fait. Car la particularité du XV parlementaire est qu'il réunit des hommes d'Etat de différents bords politiques. L'occasion de voir l'UMP et le PS jouer collectif : "On peut ne pas partager les mêmes convictions politiques mais sur le terrain il n'y a pas de distinction, on joue collectif comme les Trois Mousquetaires", dixit le descendant du capitaine D'Artagnan, Aymeri de Montesquiou. 

De ces rencontres, de véritables amitiés peuvent naître entre les députés des différents pays, comme le raconte Philippe Folliot dans une anecdote : "En 2011, nous avons joué notre dernier match de Coupe du monde face au Japon. Trois jours après, je me retrouve en voyage officiel au Japon suite aux évènements de Fukushima. Lors d'une rencontre protocolaire pleine de retenue entre les parlementaires des deux pays, moi-même et un député japonais, nous tombons bras dessus-bras dessous sous les yeux effarés des deux présidents parlementaires. L'autre député japonais en question, c'était celui qui était talonneur en face de moi et nous avions joué 4 jours avant à Auckland." 

Des amitiés souvent nouées grâce à la traditionnelle troisième mi-temps. L'ancien trois quart centre international René Crabos résumait bien l'état d'esprit du rugby : "Une partie de rugby ne doit pas être disputée en deux temps, mais en trois. Avant, la ferveur. Pendant, la bravoure. Après, la fraternité." Une maxime qui colle à la peau du XV parlementaire. Et question fraternité, les parlementaires sont au rendez-vous : "Les Français gagnent toujours la 3e mi-temps" nous dit Philippe Folliot. Et c'est bien là l'essentiel.